Catholique débutant par Julien Leclercq

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J’ignorais l’existence de Julien Leclercq avant de découvrir, au détour de recherches consacrées à René Girard, le site qu’il dirige (1) et le livre qu’il a commis. Après avoir lu une chronique consacrée à son Catholique débutant écrite par l’un de ses amis (2) : « Il est vrai que je n’aurais peut-être pas lu ce livre ni écrit cet article, si je n’avais pas connu Julien », j’ai voulu en savoir plus. 

Ce livre retrace l’itinéraire d’un trentenaire qui se convertit au catholicisme. Dès les premières pages, il déclare que ce parcours ne fut pas un long fleuve tranquille : « le chemin de la conversion n’a pas été une évidence, il a été marqué par les doutes, les tâtonnements et les réticences ». Plutôt objectif sur lui-même, il reconnaît sans aucune ambiguïté qu’il est « un pur produit de sa génération ». Il ajoute « j’ai longtemps estimé que je pouvais me passer de Dieu ». Tout au long de son livre, sans tomber dans un voyeurisme outrancier, il se livre sans détour. Ces aveux permettent de mieux comprendre son chemin de Damas et les manquements intellectuels qui sont les siens. Nous apprenons que lycéen, il voue une véritable passion à Victor Hugo et les écrivains romantiques. Il vend L’Humanité et cela transpire dans son ouvrage ainsi que dans les articles rédigés par ses soins. Nous en reparlerons. 

Sa rencontre « avec Jésus avait mal commencé ». Invité à la première communion d’un ami, il ignore tout des usages et des pratiques catholiques. Il ne trouve rien de mieux, en guise de réponse, que de « cracher sur le crucifix ». Que Dieu lui pardonne… Cependant tout s’explique. Notre homme lit Nietzsche, ce penseur allemand médiocre devenu fou qui avait osé déclarer avec un orgueil démesuré : « Dieu est mort ». Résultat, Nietzsche à partir de 1889 vécut chez sa soeur à Weimar et sombra progressivement dans la démence. Il passa les dix dernières années de sa vie dans un état mental végétatif. Comme le dit l’Evangile : « on juge un arbre à ses fruits ». Sur le plan purement philosophique et intellectuel, il est louable d’étudier Nietzsche pour critiquer cette pensée mauvaise. En revanche, se déclarer nietzschéen reste une limite à ne pas franchir. Ainsi l’auteur l’avoue : « le nihilisme dans lequel Nietzsche m’a fait sombrer, m’a rendu malheureux ». Rien d’étonnant mais le contraire l’eut été.

Leclercq revient sur ses questionnements, ses rencontres, son mal être et sa recherche de vérité. Il se rend bien compte que dans sa vie il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Il veut percer ce mystère. Il lit et se documente. Par l’entremise de son meilleur ami, il finit par rencontrer un prêtre. Après des discussions passionnées et enflammées, qui permettent de bien comprendre son cheminement intérieur, il demande le baptême. Lors du grand jour, le futur baptisé manque de « s’évanouir » quand il reçoit l’eau bénite sur la tête et « ses jambes ont tremblé ». De plus, il dit avoir « ressenti une oppression incroyable dans la poitrine ». Il écrit à propos de cette cérémonie qui le voit recevoir le premier des sept sacrements : « l’Esprit Saint s’était révélé à moi dans toute sa splendeur ». Il avance dans sa foi et finit par recevoir la sainte hostie. A chaque fois qu’il accepte le Seigneur, il clame : « chaque communion fait naître en moi le frisson de l’éternité que Charles de Foucauld résume dans une de ses prières ».

Très souvent, l’entourage ne comprend pas ce changement de vie ou plus exactement cette évolution vers la foi. Un de ses regrets en tant que « catholique débutant fut de ne pas avoir eu le bonheur de fêter Noël à l’Eglise ». Pourtant, il s’y était préparé intérieurement et sérieusement dans le secret de son âme. Mais le soir du 24 décembre, il pense que « sa place était auprès de ma famille, et personne n’avait envie d’aller à la messe. Je le comprends tout à fait et n’ai rien voulu leur imposer ». Il explique également être tombé dans le piège des récents convertis en cédant aux bas instincts humains nonobstant la grandeur de la foi : « au cours de ma première année au sein de l’Eglise, j’ai formulé nombre de prières naïves, pour obtenir la guérison d’un rhume tenace ou pour ne pas avoir mal chez le dentiste. J’ai obéi à la pulsion humaine, trop humaine, de solliciter Dieu pour se faciliter la vie. Bien souvent sans effet ». Il poursuit son idée : « j’ai dû affronter des incidents plus graves, et la prière m’a été d’un secours vital. Elle m’a apporté la confiance qu’il me fallait pour faire face ».

Ce précédent extrait résume assez bien le livre : simplicité, douceur, naïveté et confiance dans le Bon Dieu. Je pourrais aussi rajouter lucidité sur sa propre personne, car il confesse volontiers : « le baptême ne m’a pas rendu parfait. Je suis toujours colérique et susceptible. Je n’ai pas vécu une année d’extase permanent au pied de la croix, à remercier Dieu de m’avoir rendu bon et doux. Mais j’ai appris à regarder mes démons en face et à repartir du bon pied, en dépit de mes faiblesses et de mes manquements ». Nous le suivons pas à pas dans « sa nouvelle vie » : baptême, confessions, communions, discussions avec ses proches, peur, doute, confiance, joie, peine selon les états d’âme et les rencontres du moment. 

Il se livre sur des idées plus intimes : « je me sens proche des juifs car je partage avec eux un pan de mon histoire familiale et religieuse. Nous pouvons, ensemble, à la fois témoigner de la folie des hommes et de l’amour de Dieu ». Toutefois, il est important de rappeler comme l’enseigne l’abbé Barthe que  « le christianisme n’est pas le fruit du judaïsme rabbinique, mais le judaïsme de l’après-Temple et le christianisme ont eu une gestation commune : ils sont cohéritiers et non héritiers l’un de l’autre » (3). 

De plus, conformément aux volontés de Jésus Christ nous devons convertir les juifs ainsi que les musulmans, les athées, les boudhistes, les protestants, les adorateurs de Shiva et Krishna : « Faites de toutes les nations des disciples et baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit » (4). Les liens amicaux et familiaux ne doivent jamais nous faire oublier que Jésus est « la voie, la vérité, la vie » (5). Jésus est vivant et non figé dans le marbre. De fait, le catholicisme n’est pas la religion d’un livre mais du Verbe Incarné.

Il poursuit son analyse personnelle en expliquant « qu’il est également admis par les historiens que les juifs n’ont pas crucifié Jésus. La crucifixion était un supplice romain, et la région était alors occupée par les troupes d’Hérode. Ponce Pilate était son préfet. Cette notion de peuple déicide me rebute. Elle est un non sens historique et religieux ». En matière d’histoire, je me réfère à des historiens. En ce qui concerne la théologie je me forme auprès des théologiens et non des historiens. Saint Augustin, Père et Docteur de l’Eglise catholique romaine, écrit notamment dans son Commentaire du psaume 63 : « Que les Juifs ne viennent pas dire : « Ce n’est pas nous qui avons mis le Christ à mort. » Car s’ils l’ont livré au tribunal de Pilate, c’est pour paraître innocents de sa mort. Mais pensaient-ils tromper le Juge souverain qui était Dieu ? Ce que Pilate a fait, dans la mesure où il l’a fait, l’a rendu pour une part leur complice. Mais si on le compare à eux, il est beaucoup moins coupable. Si c’est Pilate qui a prononcé la sentence et donné l’ordre de le crucifier, si c’est lui qui en quelque sorte l’a tué, vous aussi, Juifs, vous l’avez mis à mort. Lorsque vous avez crié : « En croix ! En croix ! ». Nous ajoutons les propos des principaux concernés : « Et tout le peuple répondit : Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! » (6). J’ai totalement confiance dans l’Evangile. De surcroît, le Catéchisme du concile de Trente précise : « Nous devons donc regarder comme coupables de cette horrible faute, ceux qui continuent à retomber dans leurs péchés ». Nous avons tous une part de responsabilité. C’est évident, mais il convient de ne jamais l’oublier.

Au sujet de l’élection présidentielle de 2017, il écrit : « je suis resté de longues minutes devant deux bulletins de vote : celui de Jean-Luc Mélenchon et celui de François Fillon. J’avais même confié quelques jours auparavant ma décision de voter pour le candidat de la France insoumise, parce qu’il était le seul à comprendre la doctrine sociale de l’Eglise ». La vente de l’Humanité a laissé de lourdes séquelles sur le plan doctrinal et intellectuel. Un catholique, en conscience, ne peut voter pour un socialiste, un marxiste ou un libéral (7). De plus, la papauté a défini plusieurs fois, notamment dans l’exhortation apostolique Sacramentum Caritatis du 22 février 2007, les trois points non négociables qui permettent aux catholiques de choisir un candidat lors d’une élection. Les voici : 

– la protection de la vie à toutes ses étapes, du premier moment de sa conception jusqu’à sa mort naturelle

– la reconnaissance et la promotion de la structure naturelle de la famille – comme union entre un homme et une femme fondée sur le mariage – et sa défense contre des tentatives de la rendre juridiquement équivalente à des formes d’union radicalement différentes qui, en réalité, lui portent préjudice et contribuent à sa déstabilisation, en obscurcissant son caractère spécifique et son rôle social irremplaçable

– la protection du droit des parents d’éduquer leurs enfants.

A ce jour en France, aucun candidat à l’élection présidentielle n’a clairement défendu ses principes, ni l’élu de la Sarthe pour lequel l’auteur a voté et encore moins celui qui fut membre du Parti Socialiste de 1976 à 2008… Et bien évidemment, est-il nécessaire de rappeler que les catholiques français dans une très large majorité n’appliquent pas les instructions romaines lors des élections ?

De même les références intellectuelles citées dans son ouvrage sont très éloignées des nôtres : Frédéric Beigbeder, Alain Finkielkraut, les abbés Grosjean et de Tanouarn. En effet, elles représentent, notamment pour les trois premières, parfaitement le modernisme que l’auteur semble dénoncer tout au long de son livre : « je préfère ma religion éternelle à la vacuité du monde. La rébellion contre le monde moderne, je l’accomplis en m’affirmant catholique ». Comment peut-on dénoncer une idéologie tout en se réclamant de la pensée d’idéologues qui sont pétris de cette modernité tant décriée ? Nous espérons que l’auteur surmontera cette incohérence intellectuelle en creusant, encore plus, la question de la vérité et la quête d’absolue qui l’anime. 

Rien n’est impossible, d’autant que l’auteur postule : « L’Eglise a façonné la France, il s’agit d’une donnée historique. Notre pays a été influencé par Athènes et Rome, mais il puise ses racines dans le catholicisme ». Il s’agit d’un très bon préalable intellectuel pour un Catholique débutant, première étape d’un chemin qui doit conduire Julien Leclercq au paradis…

 

Franck ABED

 

(1) http://lenouveaucenacle.fr

(2) http://lenouveaucenacle.fr/de-lamour-ou-le-temoignage-dun-catholique-debutant de Charles Guiral, professeur de Lettres classiques dans un lyycée de la région bordelaise. 

(3) Histoire du missel tridentin et de ses origines, par l’Abbé Claude BARTHE

(4) Evangile selon Saint Matthieu chapitre 28 verset 19

(5) Evangile selon Saint Jean chapitre 14 verset 6

(6) Evangile selon Saint Matthieu chapitre 27 verset 25

(7) Grégoire XVI, encyclique Mirari Vos (1832) ; Pie IX, Syllabus (1864) ; Léon XIII, encyclique Libertas praestantissimum (1888) ; Pie XI, encyclique Quadragesimo anno (1931) ; Benoît XVI, encyclique Caritas in veritate (2009).



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