Réponses à Enquête et Débat sur le catholicisme

Franck ABED

 

Jean ROBIN, fondateur du site Enquête et Débat, m’a sollicité en tant que catholique pour que je réponde à ses questions. Après les avoir lues, j’ai accepté. Celles-ci regroupent, en une dizaine de points, tous les mensonges anti-catholiques colportés depuis des décennies par les manipulateurs de l’histoire et de la vérité. Cet échange me permet de combattre cette légende noire qui entoure le catholicisme. Ces attaques couvrent des sujets très divers, et cette diversité, selon moi, représente un certain intérêt. La lecture de cet entretien, dont j’ai la faiblesse de croire qu’il est pertinent, ne remplacera pas l’étude qui doit se faire, entre autres, par la lecture de livres sérieux, la recherche de sources historiques fiables et la confrontation de celles-ci.

Franck ABED 

 

Jean ROBIN : Un prêtre a refusé de convertir ma femme à Jésus alors qu’elle le demandait, en lui expliquant que l’islam est une très belle religion, et ils l’ont fait avec des milliers d’autres, peut-être des millions depuis des années et des années.

Franck ABED : Je ne connais pas cette histoire dans les détails, ni dans les grandes lignes. Or de par mes expériences de contre historien et de politologue, j’ai besoin de faits, de documents, de sources à analyser et à confronter pour donner un avis argumenté et circonstancié sur un événement quel qu’il soit. Dans ce cas précis, le seul témoignage avec aussi peu d’éléments se révèle donc insuffisant. Partant de ce constat, j’aurai besoin de parler à votre femme et de lui poser un certain nombre de questions pour délivrer mon analyse la plus juste possible. Où était-ce ? En quelle année ? Dans quelles circonstances ? Comment a-t-elle parlé au prêtre ? Qui est ce prêtre ? Appartient-il à une communauté ? Quelles sont les connaissances de votre femme sur la religion catholique ? Quelles interrogations se posent-elles ? Etc.

Le baptême tout comme le mariage sont des Sacrements de l’Eglise Catholique. Pour accéder à ces Sacrements il y a des conditions à remplir. Votre femme les remplissait-elle ? Je n’en sais rien. Il est vrai qu’un prêtre catholique peut refuser le baptême à un adulte, si par exemple ce dernier considère que Marie n’est pas la Mère de Dieu qui est Jésus. Ceci étant dit, je considère que tout prêtre qui refuse le baptême à un adulte qui connait les dogmes de Foi et désire rejoindre pleinement et sans réserve l’Eglise Catholique commet une grave erreur. Un prêtre qui agirait ainsi devrait en répondre devant qui de droit, tôt ou tard. Il y a malheureusement nombre de catholiques – clercs et laïcs – qui méconnaissent leur religion et qui produisent des dégâts en ayant des paroles et des comportements quelques peu légers voire totalement contraires à la sainte doctrine catholique. Pour ma part je m’en tiens à deux citations bien connues :

« Hors de l’Eglise point de Salut »

« Allez, faites des disciples de toutes les nations, en les baptisant au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit »

Pour finir, et sans volonté aucune de mettre votre parole en doute, je connais personnellement des musulmans, des juifs et même des protestants qui se sont récemment convertis au catholicisme. La soif et la recherche de vérité qui ont poussé votre femme à rencontrer ce prêtre ne sont pas – à ce jour – comblées. Si votre femme désire toujours appartenir à l’Institution que Jésus a Lui-Même fondée tout en la confiant à Pierre (Matthieu 16-18), je connais plusieurs prêtres qui se plairaient à l’accueillir et à la former pour qu’elle puisse recevoir le baptême.

 

Jean ROBIN : Radio Notre-Dame a censuré Anne-Marie Delcambre au sujet de la Mosquée Notre-Dame et ont rejeté cette vieille femme qui s’était présentée à l’émission de laquelle elle avait été brutalement et cyniquement désinvitée la veille au soir.

Franck ABED : Avant de répondre, je tiens à dire que je pose les mêmes préalables de prudence que pour la question précédente. Quelles furent les circonstances et le contexte ? Etc.

Toutefois et pour tenter de répondre sur le fond de l’affaire, il est toujours malheureux – et j’en sais quelque chose pour l’avoir vécu au moins deux fois – d’être invité pour conférer et se voir désinviter aux derniers moments pour des motifs plus ou moins fallacieux. Les radios d’Etat ou privées, ainsi que les différentes chaînes de télévision, ne se gênent pas pour annuler la participation d’un invité à la dernière minute. C’est une mauvaise habitude très répandue malheureusement. Cependant chacun est maître chez soi. Le procédé peut être, à raison, qualifié de maladresse voire d’impolitesse, mais Radio Notre-Dame dispose du droit élémentaire de recevoir qui elle veut, quand elle veut.

Jean ROBIN : Les représentants catholiques demandent que la France soit effacée de l’histoire par l’immigration musulmane de masse et sont donc responsables de toutes les horreurs que le continent européen va connaître, et commence déjà à connaître.

Franck ABED : Je ne sais pas d’où vous tirez ces affirmations qui me semblent bien péremptoires et qui frisent la diffamation. Quant à vos accusations, dont je vous laisse l’entière responsabilité, elles témoignent du caractère excessif des opinions exprimées par leur auteur. Or et cette juste pensée n’est pas de moi, je tiens à vous dire que : « tout ce qui excessif est insignifiant ».

Il existe des clercs dans la hiérarchie catholique qui peuvent parfois prononcer des paroles malheureuses. D’autres usent et abusent de comportements qui sont considérés comme très imprudents voire plus par le bon petit peuple catholique. Encore une fois, il ne faut pas confondre le message officiel de l’Eglise et les propos déplacés ou les erreurs dites et écrites émanant de certains clercs. De toutes les façons, il est bien connu que l’Eglise Catholique se cache derrière tous les malheurs qui frappent la France, que dis-je, du monde entier et ce depuis la nuit des temps…

Cependant, force est de constater que certains responsables de l’Eglise Catholique, tout comme de nombreux hommes politiques et journalistes, minimisent voire nient le danger des vagues migratoires et des attentats islamiques. Il convient aux gens éveillés et de bonne volonté d’ouvrir les yeux à toutes les personnes endormies, pour les amener à tirer des bonnes conclusions qui provoqueront par la suite des actes conformes aux exigences du Bien Commun.

Jean ROBIN : Les catholiques vouent un culte à Marie, qui n’est qu’une femme comme l’appelait Jésus lui-même, et non la mère de Dieu (Dieu n’a pas de mère, sinon il n’est pas Dieu), on en fait des statues qu’on vénère, ce qui est de l’idolâtrie, contraire au 2ème commandement. Lourdes est habité par les marchands du temple, comme j’ai pu le constater moi-même en m’y rendant avec ma femme.

Franck ABED : Pour esquisser un début de réponse à une triple remarque qui mélange allègrement théologie, attaques personnelles et ressentis propres, je commencerai par un conseil : lisez mieux la Bible (et surtout une bonne traduction). En effet, les remarques prononcées ici montrent et démontrent que votre culture biblique est assez faible.

Je continue mon propos en citant la Sainte Ecriture, référence imparable en la matière… Voici ce que nous pouvons lire : « Et comment m’est-il donné que vienne à moi la mère du Seigneur ? » (Luc 1-43). Ici, c’est la Vierge Marie qui parle « Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur, parce qu’il a jeté les yeux sur l’abaissement de sa servante » (Luc 1-46). Le Concile d’Ephèse en 431 ne vient que confirmer ce que la Bible expose clairement sans aucun doute possible. L’Eglise Catholique nous enseigne que Jésus-Christ a pleinement assumé la nature humaine sans cesser d’être Dieu : il est vraiment Dieu et vraiment homme. Je renvoie à l’Ecriture qui dit : « Lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils ; il est né d’une femme » (Gal 4-4). De même nous pouvons lire chez Jean (1-14) : « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous ». Dans l’Ancien Testament même, le texte se montre on ne peut plus clair sur le fait qu’une vierge donnera naissance au Sauveur : «Voici que la Vierge est enceinte, elle enfantera un fils, et elle lui donnera le nom d’Emmanuel » (Isaïe 7-14). Quant à Michée, il annonce même le lieu de naissance du Sauveur plusieurs siècles avant sa venue : « Et toi Bethléem, le moindre des clans de Juda, c’est de toi que naîtra celui qui doit régner sur Israël ; ses origines remontent au temps jadis, aux jours antiques. C’est pourquoi il les abandonnera jusqu’au temps où aura enfanté celle qui doit enfanter. Alors le reste de ses frères reviendra aux enfants d’Israël » (Michée 5-1,2). Libre à vous de contester la Sainte Bible, mais il n’est guère convenable de faire dire au texte le contraire de ce qu’il proclame.

Concernant les statues, vous n’innovez guère dans vos attaques. En effet, vous nous ressortez une vieille querelle à laquelle nos Anciens et Maîtres ont déjà répondu maintes et maintes fois. L’Eglise Catholique enseigne que Dieu seul peut être adoré. Ainsi, adorer un joueur de foot, un acteur, ou une chanteuse ou encore même un bon plat revient à commettre le grave péché d’idolâtrie. Cependant, il est vrai que Notre Seigneur interdit la fabrication d’images dans le but de les adorer (Exode 20-4,5). Cependant Dieu n’interdit nullement la fabrication d’images, sinon Dieu serait incohérent. Si Dieu est incohérent, il ne serait pas Dieu. En effet dans l’Exode (25-18,19), Dieu ordonne à Moïse la construction de deux chérubins en or. Relisez les Nombres (21-8), Dieu commande de façonner un serpent d’airain, que les Israélites devaient regarder s’ils avaient été piqués afin d’être guéris. De nombreux catholiques utilisent des statues et des images pour rappeler à la mémoire des fidèles les personnes représentées : Jésus, les anges, les saints et les personnages bibliques. Quand je m’agenouille devant une statue ou un Père Abbé ou que j’embrasse une icône, je ne fais pas preuve d’idolâtrie, ni d’adoration, c’est simplement une question de respect. Un homme qui s’agenouille devant sa fiancée pour la demander en mariage est-il un idolâtre ? Bien sur que non. Il est respectueux et amoureux de sa future femme. Il ne faut pas être binaire ou avoir la nuque raide (comme le reprochait par ailleurs Moïse à ses compagnons). Par exemple, si un individu embrasse la photo d’un conjoint ou d’un enfant, il n’embrasse pas la personne elle-même. Simplement en embrassant la photo, il signifie par ce geste l’amour qu’il porte à ces personnes. Il est vrai que certaines représentations (statues et toutes images confondues) de Jésus ou Marie peuvent paraître bien éloignées du type oriental et sémitique, mais ce n’est pas tellement la question. Chaque peuple ou presque a représenté la Vierge sous les traits archétypaux de sa race. C’est faire un mauvais procès de reprocher aux seuls européens ce qui se pratique partout. De toutes les façons que Marie soit représentée en blonde aux yeux bleus ou en brune aux yeux marrons, nous catholiques ne rendons pas hommage à la vision personnelle du dessinateur, peintre ou sculpteur, mais à la vraie Marie.

Lourdes est habitée par les marchands du temple. Notre Seigneur les avaient chassés à coup de fouet en son temps. C’est un fait, qu’aujourd’hui les commerces pullulent dans la ville Mariale, mais je ne vois pas le rapport avec la doctrine et l’Eglise. Jusqu’à preuve du contraire, la ville de Lourdes est gérée par une municipalité et non par un Evêque ou par le Nonce Apostolique. Si la ville de Lourdes regorge d’un trop plein de commerçants, l’Eglise n’y est pour rien. Certes, l’Eglise est très puissante mais il ne faut pas lui donner des pouvoirs dont Elle ne dispose pas. Ce n’est pas Elle qui délivre les autorisations pour l’ouverture des commerces. Pour votre information, les conditions pour ouvrir une activité commerciale se sont durcies depuis l’arrêté municipal du 20 juillet 2015. Si cela ne tenait qu’à moi, il n’y aurait pas cette course à l’argent dans le sanctuaire… Quoiqu’il en soit le nombre pléthorique d’adorateurs de Mammon présents dans ce lieu saint n’enlève rien au caractère historique des apparitions et des nombreux miracles qui s’y sont produits.

Cependant, c’est bien dommage qu’en allant à Lourdes votre regard se soit porté sur les choses les moins importantes pour l’âme. Il eut été préférable de se mettre à genoux dans la grotte pour vous laisser transporter par ce miracle des apparitions de la Mère du Seigneur. Elle vous aurait sans aucun doute mieux éclairé que moi.

Jean Robin : les catholiques ont éloigné les chrétiens des écritures, et ont créé une théologie humaine (le catéchisme notamment) donc corrompue par le péché et l’argent.

Franck ABED : J’avoue ne pas tellement comprendre les critiques à l’endroit d’une éventuellement théologie humaine. Si vous parliez grec, vous sauriez que théologie en grec ancien signifie discours rationnel sur le divin / la divinité. De fait le discours rationnel sur Dieu ne peut être que l’œuvre des êtres humains.

Vos questions, vos nombreuses approximations historiques et mes réponses démontrent lequel de nous deux est le plus éloigné des Ecritures. L’Eglise Catholique a encouragé l’étude et la transmission des textes sacrés de tous temps et en tous lieux. Si l’Eglise Catholique n’avait pas été là, la « bible » que vous êtes censée lire tous les jours n’existerait pas. Qui a permis sa transmission de siècle en siècle ? Ni les juifs, ni les sectes prétendument chrétiennes… C’est un faux procès – parmi d’autres – que vous nous faites là. Il suffit d’étudier sérieusement les théologiens catholiques pour saisir le profond respect qui anime leurs brillants travaux sur l’Écriture. Étudiez les écrits de n’importe quel Père et Docteur de l’Eglise pour vous rendre également compte du trésor spirituel et intellectuel qu’ils nous ont légués.

Un des premiers théologiens fut Saint-Paul. Qui oserait contester son enseignement au titre qu’il fut un homme ? De toutes les façons, depuis la Chute la nature humaine est déchue. D’une manière générale quel est le rapport entre l’argent et l’enseignement de Saint Paul, de Saint Augustin ou de Saint Thomas d’Aquin ? Aucun. Vous semblez oublier ou alors vous ne le savez pas, que vous parlez d’hommes et de femmes qui vécurent souvent dans la pure simplicité voire dans la pauvreté. Ils furent prêtres, moines et ermites. L’argent devait être très éloigné de leurs préoccupations. Saint François, Saint Antoine de Padoue, Saint Vincent de Paul, le Saint curé d’Ars, Mère Theresa et combien d’autres saints ou simples croyants ont tout abandonné pour l’amour de Dieu et de leurs prochains.

Comme je l’ai dit maintes fois plus haut, le catéchisme ne fait que compiler la profonde richesse spirituelle, intellectuelle et dogmatique que nous retrouvons à chaque page de l’Ecriture.

Jean ROBIN : Les catholiques ont massacré les protestants et les juifs à travers les siècles.

Franck ABED : Je pense que vous devriez rajouter que les catholiques sont responsables de la pornographie, de la faim et de la misère dans le monde, des millions d’avortements, de la mal bouffe, de l’invasion prochaine de la Terre par les Annunakis, que le Moyen Age n’a pas existé car c’est une invention des Papes installés alors à Avignon, et que demain quand vous glisserez sous la douche ce sera également à cause des catholiques…

Depuis Caïn et Abel, les êtres humains s’entretuent. Je dois encore vous rappeler des notions historiques élémentaires. Les premiers à avoir massacré les autres ce furent les juifs. C’est normalement écrit dans votre Bible. Saul (le futur Saint Paul) a lui-même participé à des lapidations de chrétiens. Cependant et c’est bien malheureux je le reconnais, certains catholiques animés d’un enthousiasme et d’une volonté excessive pour défendre la Vraie Religion ont pu commettre des erreurs dans l’histoire, non imputables à la Papauté, ou en tous les cas pas à la doctrine catholique. Toutefois, le monde se divise en deux catégories : ceux qui en toute humilité reconnaissent leurs erreurs et les autres. D’aucuns ne les reconnaissent pas en les niant ou pire en les assumant. Malheureusement, tout le monde ne défend pas la même vision de la charité et de la miséricorde.

J’aurais préféré que vous me parliez de La Michelade, mais vous ne devez pas connaître car votre lecture des événements se fait par le petit bout de la lorgnette. Connaissez-vous le massacre de Cahors en 1560 ? L’iconoclasme fou furieux des années 1560 ? Le massacre des catholiques par les protestants le 2 avril 1562 à Tours ? Les exemples sont légions. Pour information la Saint Barthélémy – acte de légitime défense (qui a malheureusement eu ses excès) face à une tentative de déstabilisation du pouvoir royal par les huguenots – n’intervient qu’en août 1572. Encore une fois il ne faut pas tout mélanger. Cependant vous ne me demandez pas mon avis au sujet des massacres des populations locales partout où les protestants se sont implantés. Les descendants des amérindiens vivent aujourd’hui dans des zoo humains pour ne pas disparaître à tout jamais. Merci qui ? Vous ne mentionnez pas plus dans votre réquisitoire le fait que l’armée sioniste bombarde ses ennemis avec de l’uranium appauvri ce qui est totalement contraire aux règles internationales… Partout où les catholiques sont passés, les populations locales, dans une large mesure, ont pu croître et prospérer. Il suffit de se rendre en Amérique du Sud pour le constater. Et que dire des sœurs et des frères catholiques qui s’occupent encore aujourd’hui, avec un esprit de miséricorde et de dévouement extraordinaires, des pauvres, des lépreux, des sidaïques en Afrique et partout où leur présence est réclamée ? Tellement de belles choses…

Aujourd’hui, mais déjà depuis très longtemps et contrairement à d’autres, « les catholiques » ne massacrent plus. Quid des autres religions ? Pouvons-nous parler des agressions protestanto-sionistes au Moyen-Orient ? Des attentats musulmans perpétrés un peu partout dans le monde et récemment dans notre pays ? Des massacres commis par les bouddhistes ?

Jean ROBIN : Les catholiques ont installé un climat de terrorisme intellectuel, et parfois de morts atroces, avec l’Inquisition.

Franck ABED : Je constate que vous ne maîtrisez pas plus le latin, que le grec. L’Inquisition vient du mot latin inquisitio qui signifie enquête et recherche. C’était une juridiction créée par l’Eglise catholique romaine. Elle dépendait du droit canonique. Son but était de combattre l’hérésie.

Ces précisions sémantiques et historiques apportées, je vous conseille également de lire de vrais livres d’histoire. Il ne faut pas vous contenter de certains ouvrages qui se prétendent historiques mais qui ne sont en fait que des outils au service d’une propagande anticatholique. Malheureusement ces « œuvres » continuent à causer des dégâts auprès de bien des naïfs. De fait elles offensent la vérité historique. Le Nom de la Rose, par exemple, est un roman dans lequel l’intrigue policière peut éventuellement représenter un intérêt, mais de grâce ne le prenez pas pour un livre d’histoire. Idem pour les visions étriquées – parmi tant d’autres – de Michelet, de Hugo et de Verdi qui dans leurs œuvres respectives (Le Procès des Templiers, La Sorcière, Don Carlos) ont dépeint ce tribunal et les inquisiteurs comme les dignes représentants d’un obscurantisme moyenâgeux, visions bien éloignées de ce qu’ils furent réellement. Par ailleurs, nos historiens modernes appellent Moyen Age une période historique pour la décrédibiliser, alors qu’elle fut très riche intellectuellement, notamment dans les évolutions techniques et les découvertes scientifiques. C’est sûrement à cette époque que la Femme fut le plus justement considérée. En effet l’homme devait être au service de sa dame, à l’affût de ses désirs et lui rester totalement fidèle. Gaston Paris, grand historien de la poésie médiévale, avait forgé là une bien belle expression – Amour Courtois – pour dépeindre les mœurs et les relations hommes femmes dans cette époque, à vous lire, obscure, hostile et finalement si terrifiante… Pour commencer un apprentissage historique sérieux, je vous renvoie particulièrement aux livres de Jacques Heers et de Régine Pernoud. Malheureusement, les légendes noires, à l’image des mauvaises herbes, sont tenaces.

Ces quelques rappels élémentaires effectués, je me permets de citer Patrick Henriet, maître de conférence d’histoire médiévale à l’Université Paris IV Sorbonne, qui écrit :  « Il ne fait aucun doute qu’au XIIIème siècle, comme encore par la suite, la justice inquisitoriale s’est montrée beaucoup moins expéditive que celle des cours civiles. » (Le contrôle du monde chrétien). Henri-Dominique Lacordaire quant à lui avait dit en son temps : « L’Inquisition est un progrès véritable comparée à tout ce qui avait eu lieu dans le passé. A la place d’un tribunal sans droit de grâce, assujetti à la lettre inexorable de la loi, on avait un tribunal flexible duquel on pouvait exiger le pardon par le repentir, et qui ne renvoya jamais au bras séculier que l’immense minorité des accusés. L’Inquisition a sauvé des milliers d’hommes qui eussent péri par les tribunaux ordinaires. » Agostino Borromeo, qui est l’un des plus grands spécialistes de l’Inquisition Romaine, avait déclaré que pour : «l’Inquisition espagnole sur 44 674 inculpés, quelque 800 furent condamnés à mort » (L’inquisizione. Atti del Simposio internazionale). Bartolomé Bennassar dans L’Inquisition Espagnole écrit que les juges inquisitoriaux sont « des hommes d’une qualité intellectuelle remarquable », et « l’Inquisition fut une justice plus exacte, plus scrupuleuse. Une justice qui pratique un examen attentif des témoignages, qui en effectue le recoupement minutieux, qui accepte sans lésiner les récusations par les accusés des témoins suspects, une justice qui torture fort peu et qui respecte les normes légales. Une justice soucieuse d’éduquer, d’expliquer à l’accusé pourquoi il a erré, qui réprimande et qui conseille, dont les condamnations définitives ne frappent que les récidivistes » Charles-Henri Léa, historien américain protestant et libéral du XIXème siècle, écrit dans son Histoire de l’Inquisition en Espagne: « La croyance populaire selon laquelle la chambre de torture était le théâtre (…) d’un acharnement particulier à extorquer des aveux est une erreur imputable aux écrivains à sensation qui ont exploité la crédulité publique. » Pierre Chaunu fut un très grand historien. Il était de confession protestante. Voici une juste phrase venant de lui : « La révolution française a fait plus de morts en un mois au nom de l’athéisme que l’Inquisition au nom de Dieu pendant tout le Moyen Age et dans toute l’Europe » Ainsi, il est arrivé de nombreux cas où l’accusé ait demandé à être jugé par le tribunal de l’Inquisition plutôt que par un tribunal civil. En effet, Régine Pernoud  confirme les idées précédemment exprimées: « Car auparavant, c’était en bien des cas une justice laïque ou même un déchaînement populaire qui infligeaient aux hérétiques les pires peines » (Pour en finir avec le Moyen-Age). Il est aisé pour les « bien pensants » et autres Tartuffe de la modernité de critiquer le fonctionnement de l’Inquisition quand on sait qu’aujourd’hui, un citoyen peut rester en prison plusieurs mois voire années avant d’être jugé…

Il est étonnant de parler de terrorisme intellectuel à l’égard du catholicisme, quand chaque personne sérieuse peut constater que l’espace civilisationnel européen, issue de la civilisation greco-romaine et catholique, a produit un nombre conséquent de découvertes scientifiques. Constantin avait fondé dans sa nouvelle capitale une bibliothèque publique, qui disposait de 120 000 volumes au Vème siècle. L’Université de Constantinople fut fondée en 425 par Théodore II. Dès les années 800 Alcuin (théologien anglais de langue latine) dirigeait l’Académie palatine et organisait un enseignement basé sur les arts libéraux. A cette époque là, il n’y avait pas encore d’universités juives, ni musulmanes, encore moins protestantes… La première université « musulmane » Al Quaraouiyine remonterait au mieux en 859, mais les historiens les plus qualifiés, musulmans compris, estiment qu’elle naquit vraiment qu’au XIIIème siècle. Heureusement que les Anciens n’attendirent pas Luther et Calvin pour réfléchir, enseigner et transmettre…

Jean ROBIN : les catholiques ont empêché le capitalisme de se développer, alors que le protestantisme a permis au capitalisme de se développer, or seul le capitalisme sort les pauvres de la pauvreté.

Franck ABED : Je ne sais pas d’où vous tirez l’expérience que le capitalisme sort les pauvres de la pauvreté. Si votre culture économique est comparable à vos ignorances bibliques et historiques, je comprends mieux vos affabulations. Jusqu’à preuve du contraire la paupérisation des masses en France, en Europe et dans le monde augmente continuellement, alors que nous sommes dans une société de plus en plus capitalistique. J’entends déjà vos accusations à mon endroit de gauchiste ou de communiste, mais c’est un entrepreneur qui répond à vos questions…

Aujourd’hui nous aurions de quoi nourrir et soigner tous les individus qui habitent en ce bas monde. Malheureusement le capitalisme et son allié objectif le communisme (interventionnisme) ruinent la terre par leurs logiques si peu humaines et bienveillantes envers les faibles et les plus démunis. Le laisser-fairisme et l’interventionnisme à outrance tuent les créations de richesse. Aujourd’hui la logique des marchés entraîne l’appauvrissement du plus grand nombre et l’enrichissement d’une minorité de plus en plus petite. Chaque année, différents journaux, économiques ou non, nous expliquent qu’une toute petite partie des individus possède autant voire plus de richesses que tous les autres réunis. C’est un scandale vomitif sans nom. Il existe une troisième voie saine entre protection sociale et enrichissement des individus défendue par l’Eglise, avec Sa Doctrine Sociale que je vous invite à lire. L’Eglise Catholique n’a jamais condamné la libre entreprise, ni le fait de gagner honnêtement son argent. Elle n’encourage pas plus les systèmes économiques prétendument « libéraux », car ceux-ci cachent en réalité des doctrines prêchant l’exploitation délibérée de l’homme par l’homme. Quant au communisme il fut condamné par le Pape Pie XI dans Divini Redemptoris du 19 mars 1937, car considéré, entre autres, comme « intrinsèquement pervers ».

Aujourd’hui, mais déjà hier, les délocalisations massives en France ne sont pas le fruit du catholicisme mais bel et bien du capitalisme apatride. Elles jettent au chômage de nombreux individus qui ne peuvent plus faire d’autres choses que d’attendre les maigres subsides de l’Etat pour vivre, car l’infrastructure de la société ne les encourage ni à créer des richesses, ni à travailler. Le capitalisme libéral tue les forces vives à outrance en délocalisant. L’interventionnisme social finit le travail en maintenant les gens dans une espèce d’attentisme étatique mortel pour la vie économique de notre pays. Le peuple est donc écrasé par ces deux forces alliées et complémentaires.

Lorsque je regarde objectivement la situation économique et sociale du plus grand pays protestant au, cela ne me fait guère envie. A ce jour 46 millions d’Américains vivent avec des bons alimentaires. Si vous avez un peu de courage allez dire aux détroitiens que le « capitalisme c’est génial ». En 2013 la ville de Détroit a demandé au gouvernement américain sa mise en faillite. Ses dettes cumulées montaient à 18,5 milliards de dollars. Est-ce encore la faute du catholicisme ? Bien sûr que non. [Le protestantisme est né officiellement au XVIème siècle en Europe. Avant son apparition, n’y avait-il aucune richesse de créée en Europe ? Le continent européen vivait-il entièrement dans la pauvreté ? Ces deux petites questions ruinent votre argumentation qui repose sur un syllogisme aussi simpliste que faux historiquement et économiquement parlant. 

Les commerçants européens ne durent pas attendre le protestantisme ou le libéralisme dévastateur du XIXème siècle pour s’organiser en guildes et en confréries marchandes pour commercer avec le monde et créer de la richesse. Il suffit de visiter la France profonde et vous vous rendrez compte des merveilles qu’ont bâties nos ancêtres, bien avant l’arrivée de la pensée huguenote. Lisez des livres d’histoire sur la belle Venise, vous apprendrez qu’elle commerçait bien avant le 15ème siècle avec l’Europe, le Maghreb, le Moyen-Orient et l’Asie. Quant aux Florentins, ils n’ont pas attendu les Rockefeller et les Rothschild pour prêter de l’argent aux particuliers et aux chefs d’Etat, tout en soutenant activement les artistes… Je pourrai encore produire de nombreux exemples sur le dynamisme spirituel, économique et intellectuel de l’Europe d’avant la « prétendue Renaissance », mais est-ce que cela pourrait vous convaincre de vos erreurs manifestes ?

Jean ROBIN : Les catholiques ont interdit aux masses de lire la Bible pendant près de 1000 ans, tout en constituant un ordre ultra-dominateur et privilégié en France, le clergé, qui écrasait le peuple de taxes, comme les fonctionnaires aujourd’hui.

Franck ABED : Je ne comprends pas tellement l’expression « d’ordre ultra-dominateur » au sujet du clergé catholique romain, ni la comparaison hasardeuse et finalement si peu pertinente entre les fonctionnaires d’aujourd’hui et le clergé d’hier. Les impôts aujourd’hui en France sont beaucoup trop élevés : c’est une certitude. En revanche, ils étaient tellement moins élevés dans la France des Rois. Vous continuez à verser dans la propagande qui nous éloigne de l‘histoire sérieuse et bien comprise. Vos propos me semblent similaires aux estampes caricaturales qu’on trouvait dans Paris pendant la révolution de 1789, à savoir celle d’un paysan accablé sous le poids de l’impôt, devant en plus porter un prêtre et un noble. En vérité, le travailleur français moyen sous la France des Rois payait l’équivalent de 20 jours de travail en impôts (gabelle, taille, vingtième, banalités etc). Aujourd’hui, il en est quitte qu’après plus ou moins 220 jours. Je vous laisse faire le calcul de la différence de traitement. De même, j’aimerais que vous me démontriez sources à l’appui que « le clergé écrasait le peuple de taxes » 

Quand on voit la façon dont vous massacrez l’Ecriture, en l’interprétant dans un sens très personnel bien éloigné des enseignements bibliques, je peux comprendre les avertissements justes et sincères des Papes à l’endroit des apprentis sorciers. Ainsi en guise de réponse, je me contenterai de citer deux paragraphes issus des décrets du Concile de Trente sur l’usage des Saints Livres : « Pour arrêter et contenir les esprits agressifs, le Concile ordonne que dans les choses de la foi ou de la conduite en tant que celle-ci concerne le maintien de la doctrine chrétienne, personne, se confiant en son propre jugement, n’ait l’audace de tirer l’Écriture sainte à son sens particulier, ni de lui donner des interprétations, ou contraires à celles que lui donne et lui a données la Sainte Mère l’Eglise à qui il appartient de juger du véritable sens et de la véritable interprétation des Saintes Écritures, ou opposées au sentiment unanime des Pères, encore que ces interprétations ne dussent jamais être publiées. Les contrevenants seront déclarés par les ordinaires, et soumis aux peines fixées par le droit. » Ou encore « Voulant aussi, comme il est juste et raisonnable, mettre des bornes en cette matière à la licence des imprimeurs, qui, maintenant sans règle et sans mesure, c’est-à-dire croyant que tout leur est permis, non seulement impriment sans permission des supérieurs ecclésiastiques les livres mêmes de l’Ecriture sainte avec des explications et des notes de toutes mains indifféremment, donnant bien souvent une fausse indication du lieu de l’impression, et souvent même le supprimant tout à fait ainsi que le nom de l’auteur, ce qui est un abus encore plus considérable; mais se mêlent aussi de débiter au hasard et d’exposer en vente sans distinction toutes sortes de livres imprimés çà et là, de tous côtés ; — le Saint Concile a résolu et ordonné qu’au plus tôt l’Ecriture sainte, particulièrement selon cette édition ancienne et vulgate, soit imprimée le plus correctement qu’il sera possible, et qu’à l’avenir il ne soit permis à personne d’imprimer aucuns livres traitant de choses saintes sans le nom de l’auteur, ni même de les vendre ou de les garder chez soi, s’ils n’ont été examinés auparavant et approuvés par l’ordinaire, sous peine d’anathème et de l’amende pécuniaire portée au canon du dernier concile de Latran. Et si ce sont des réguliers, outre cet examen et cette approbation, ils seront encore obligés d’obtenir permission de leurs supérieurs, qui feront la revue de ces livres suivant la forme de leurs statuts. Ceux qui les débiteront ou les feront courir en manuscrits sans avoir été auparavant examinés et approuvés, seront sujets aux mêmes peines que les imprimeurs, et ceux qui les auront chez eux ou les liront, s’ils n’en déclarent les auteurs, seront eux-mêmes traités comme s’ils en étaient les auteurs propres. Cette approbation que nous désirons à tous les livres sera donnée par écrit et sera mise en vue à la tête de chaque livre, qu’il soit imprimé ou écrit à la main; et le tout, c’est-à-dire tant l’examen que l’approbation, se fera gratuitement, afin qu’on n’approuve que ce qui méritera approbation, et qu’on rejette ce qui devra être rejeté »

Jean ROBIN : Les catholiques ont trop souvent violé des enfants en étant couvert par leur hiérarchie (et si ça se sait maintenant, c’est que ça s’est passé depuis les débuts de l’Eglise sans nécessairement que ça se sache).

Franck ABED : Il y a malheureusement des brebis galeuses dans la Maison du Père. Il ne faut pas oublier que les catholiques, qui ont commis ces atrocités, agissent contre la Bible et la Doctrine Catholique. Au contraire, certaines religions permettent les rapports sexuels avec des enfants âgés de trois ans et un jour. D’autres ont eu un fondateur qui consomma son mariage avec une fille de neuf ans. Tout cela nous éloigne du catholicisme et de ce qui se passe réellement dans la vie de l’Eglise au quotidien. Cette nouvelle accusation frise une nouvelle fois la diffamation. Elle témoigne de votre méconnaissance de la vie paroissiale et religieuse. En effet, quand on prend le nombre de prêtres dans l’histoire ou même ceux en activité aujourd’hui, et qu’on les rapporte au nombre de cas de pédophilie, on s’aperçoit que la proportion est infime. Certes, ce chiffre sera toujours trop grand, mais au lieu de jeter de l’huile sur le feu en reprenant sans le moindre souci de recul et d’objectivité la propagande anti-catholique des médias, il convient de prier pour celles et ceux qui souffrent de ces atrocités. N’oubliez pas que le Jugement de Dieu se fera tôt ou tard : « Car le Fils de l’homme doit venir dans la gloire de son Père avec ses anges, et alors il rendra à chacun selon ses œuvres » (Matthieu 16-27).

Cependant il ne faut oublier, et c’est encore un grand drame, que les actes de pédophilie sont malheureusement les plus nombreux au sein des familles et dans les écoles. Toutefois je ne jetterai pas la pierre comme vous le faites de manière inconsidéré et inconséquente. Je préfère combattre le péché plutôt que le pécheur comme nous l’enseigne la Sainte Bible. La pédophilie et le viol sont des monstruosités. Il convient de tout faire pour les réduire voire les éradiquer de notre société (même si cela sera très difficile). Il est évident que les catholiques doivent montrer l’exemple, mais ils sont aussi les plus tentés et attaqués par le diable.

 

Jean ROBIN : Les catholiques ont donné leur accord pour l’esclavage (bulle du pape Nicolas II en 1454), avant de contribuer à son abolition bien tardive.

Franck ABED : Vos références historiques sont décidément désastreuses. Pour commencer, il convient de préciser que l’esclavage est une des nombreuses conséquences du Péché Originel comme l’avait écrit Saint-Augustin. Ce dernier naquit en Numidie, d’une mère aux origines berbères, ce qui ne l’empêcha pas de devenir Evêque de cette Eglise Catholique, que vous dépeignez en des termes bien injustes et mensongers…

Si vous connaissiez mieux l’histoire de l’Eglise et des Chefs d’Etats Catholiques, vous sauriez qu’ils ont condamné très tôt cette pratique. Ainsi vous ne devez pas ignorer, pour prendre les exemples les plus connus, que Bathilde reine des Francs et épouse de Clovis II, interdit la pratique de l’esclavage après avoir été elle-même vendue comme esclave. Louis X dit le Hutin, roi de France, publie un édit le 3 juillet 1315 qui affirme que « selon le droit de nature, chacun doit naître franc ». Depuis cette date, « le sol de France affranchit l’esclave qui le touche ». Anabia, un éthiopien, reçut le baptême des mains mêmes de Bossuet et son parrain fut Louis XIV le Grand. Grâce à ce dernier, il reçut une excellente éducation et devient officier d’un régiment de cavalerie avec une rente annuelle de douze mille livres. Il fut donc le premier officier noir de l’armée française, bien avant les lois « anti-racistes » et autres procédés infantilisants de « discrimination positive ». Et oui, les préjugés sur la couleur de peau n’existaient pas sous la France des Rois. Ils prirent leur essor sous la république démocratique… Ainsi de nombreux indiens Ottawa, suite aux guerres nord américaines, avaient demandé de déplacer leur tribu en France, afin de vivre sous le règne du Roi Très Chrétien, pour ne pas se retrouver seuls face aux anglo-protestants.

Pour en revenir à l’Eglise, je me permets d’effectuer un nouveau rappel historique. Le Pape Jean VIII a condamné l’esclavage dès l’an 873 avec Unum est : « Il est une chose pour laquelle nous devons paternellement vous admonester ; si vous ne la corrigez pas, vous encourrez un grand péché, et par elle ce ne sont pas les gains que vous accroîtrez, comme vous l’espérez, mais bien plutôt les dommages. Comme nous l’avons appris, à l’instigation des Grecs, beaucoup qui ont été enlevés captifs par les païens sont donc vendus dans vos régions et, après avoir été achetés par vos compatriotes, ils sont gardés sous le joug de l’esclavage ; alors qu’il est avéré qu’il est pieux et saint, comme il convient pour des chrétiens, que lorsqu’ils les ont achetés des Grecs, vos compatriotes les renvoient libres pour l’amour du Christ, et qu’ils reçoivent leur récompense non pas des hommes, mais de notre Seigneur Jésus Christ lui-même. C’est pourquoi nous vous exhortons et nous vous commandons, avec un amour paternel, si vous leur avez acheté des captifs, de les laisser aller libres pour le salut de votre âme. »Le Pape Eugène IV en 1435 dans Sicut dudum condamna de manière explicite l’esclavage pratiqué sur les indigènes des Iles Canaris : « Sous peine d’excommunication, tout maître d’esclave a quinze jours à compter de la réception de la bulle pour rendre leur liberté antérieure à toutes et chacune des personnes de l’un ou l’autre sexe qui étaient jusque là résidentes desdites îles Canaries […] Ces personnes devaient être totalement et à jamais libres et devaient être relâchées sans exaction ni perception d’aucune somme d’argent. »

Dans votre accusation péremptoire, vous commettez une erreur de plus en évoquant Nicolas II. Ce n’est pas ce dernier qui fut l’auteur de la Bulle Pontifex Romanus mais Nicolas V. Lui aussi fut un très grand terroriste intellectuel pour reprendre votre attaque car il fonda – entre autres – la Bibliothèque Vaticane… Je précise que le document cité est une bulle. Il ne s’agit pas d’une lettre encyclique ou d’un document doctrinal. Elle est juste, si je puis dire, un document juridique donnant des autorisations et une mission au roi du Portugal (faire prêcher l’Evangile dans les terres conquises). Celle-ci ne s’adresse évidemment pas à l’ensemble des nations européennes, ni à toute la chrétienté. Cette bulle est présentée par les adversaires de l’Eglise et les anti-catholiques primaires comme la preuve que l’Eglise encouragea l’esclavage. Mais le texte latin originel n’emploie pas ce mot là. Nicolas V autorise le roi du Portugal Henri le Navigateur à soumettre « les sarrasins et autres infidèles » des côtes africaines. Il s’agit plus de soumission politique que d’esclavage à proprement parlé. Par la suite, la liste des Papes qui condamna l’esclavage est assez longue… et je vous laisse le soin de la chercher. Aujourd’hui encore, mais déjà hier, l’Eglise Catholique par le biais de ses nombreuses et différentes congrégations, associations continuent de racheter les esclaves pour les arracher à leur sort monstrueux. Je renvoie par exemple à Daniel Comboni qui est un saint de l’Eglise Catholique. Il fut le fondateur de la congrégation des missionnaires comboniens du Cœur de Jésus et un des principaux missionnaires catholiques du XIXème siècle en Afrique. Evêque de Khartoum au Soudan, son œuvre s’inscrit dans la constitution d’ordres missionnaires créés à partir des années 1830-1840 pour évangéliser en dehors de l’Europe, tout en rachetant les esclaves noirs victimes de la traite arabe-musulmane.

Jean ROBIN : Les catholiques ont éloigné les chrétiens de Jésus, alors que Lui seul est le chemin de la vérité, du salut et de la vie éternelle, ce que ne sont ni Marie, ni le Pape ni l’Eglise qui éloignent de la vérité, du salut et de la vie éternelle.

Franck ABED : Devant tant de certitudes aussi bien construites et argumentées, je ne peux que difficilement répondre… Plus sérieusement, depuis 2000 ans les catholiques mettent tout en œuvre ou presque pour rapprocher les êtres humains de Jésus Christ. Jésus-Christ est « la voie, la vie, la vérité », ni Marie, ni le Pape, ni l’Eglise par la Voix des Papes ont prétendu le contraire. J’affectionne plus particulièrement la vision de Don Bosco qu’on appelle les trois blancheurs : Marie, le Pape et l’Eucharistie qui permettent réellement de se rapprocher de Jésus. Vous savez qu’il est impossible d’aimer le Fils, si vous rejetez avec autant de véhémence sa Mère. Voici ce que dit Jésus à Jean dans l’une de ses dernières paroles terrestres : « Voici ta mère » (Jean 19, 25-27). Eve signifie mère de tous les vivants. Marie doit être considérée comme la Mère de Tous les Chrétiens. Le culte envers Marie n’est pas du tout un culte d’adoration. Seul Dieu peut être adoré. Les catholiques ressentent et expriment un profond respect pour Marie, par le culte de l’hyperdulie. Ce dernier est le culte exclusivement rendu à la Vierge Marie. Je vous renvoie au Concile de Trente (16ème siècle).

D’une manière générale, je pense qu’il serait préférable de vous former sérieusement auprès des bonnes personnes. La théologie reste une discipline sérieuse dont l’étude ne peut reposer ni sur des aprioris, ni sur des mensonges, et encore moins sur une légèreté intellectuelle bien coupable.

Jean ROBIN : Les catholiques ont donné tous pouvoirs à un homme qu’ils appellent “pape”, ce qui signifie “père”, or il n’y a qu’un Père, et il est aux cieux, donc ils cherchent à remplacer Dieu, ce qui est me semble-t-il le propre du démon. Ils appellent d’ailleurs leurs curés, leurs évêques, leurs papes, leurs cardinaux etc. “mon père”, c’est le même blasphème.

Franck ABED : Je pense que vous devriez cesser l’usage de propos péremptoires qui reposent sur des connaissances théologiques et doctrinales bien minces. Les catholiques ne peuvent donner aucun pouvoir à un homme appelé Pape pour au moins deux bonnes raisons. La première est évidente : ils ne disposent pas de ce pouvoir. La deuxième est essentielle et constitue un élément important de notre doctrine. C’est Notre Seigneur Jésus Christ Lui-Même qui a donné naissance à cette institution appelée Eglise. Il l’a même confié à Pierre. Relisez donc Matthieu 16-18. De même dans la pensée catholique, il y a cette saine distinction entre le temporel et le spirituel qui remonte à Jésus « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Luc 20-25). Ainsi dans notre doctrine, personne ne peut détenir TOUS les pouvoirs, où alors on tombe dans le césaro-papisme qui est condamné par l’Eglise.

Pour votre information dans l’Eglise latine, le prêtre de paroisse peut être appelé monsieur le curé, l’évêque monseigneur, un cardinal éminence, et le Pape Sa Sainteté. Le terme père est plutôt et traditionnellement réservé aux Pères Abbés et aux moines, bien que les orientaux l’utilisent avec tendresse, respect et affection pour nommer leurs prêtres. Ceci étant dit, aucun Pape, ni Cardinal, ni Evêque, ni abbé, ni moine, ni prêtre que j’ai rencontrés, ont voulu remplacer Dieu voire se prendre pour lui. Si vous en connaissez, conseillez leur une bonne tisane et beaucoup de repos. J’aimerais que vous me trouviez un seul texte officiel d’un Pape dans lequel il chercherait à remplacer Dieu. Il est vrai que le démon se cache dans les détails. Vouloir couper les cheveux en quatre me semble être une activité peu enrichissante spirituellement et intellectuellement.

Mon papa est mon père, mon père est mon papa. Je ne vois pas où est le mal d’appeler son père…. père. Je peux vous assurer qu’il ne se prend pas pour ce qu’il n’est pas, encore moins pour Dieu. En revanche, je perçois le mal et la nuisance dans cette volonté d’attribuer à l’Eglise et aux catholiques tout un tas d’actes et de pensées qui leur sont très éloignés.

 

Jean ROBIN : Les catholiques ont inventé le purgatoire qui ne figure nulle part dans la Bible (sauf dans l’apocryphe des Maccabées, qui n’est donc pas biblique), le catéchisme, et tant d’autres choses non bibliques.

Franck ABED : Il faudrait déjà commencer par nous expliquer qui est légitime chez les huguenots pour décréter que tel livre fait partie de la Bible. Vous arrivez 1500 ans après les faits, dans des conditions très particulières pour ne pas écrire des vérités plus cinglantes, et ensuite, du haut de votre petitesse vous déterminez selon un libre examen très personnel, quel livre compose la bible. Je vois là beaucoup d’orgueil et même plus.

Je l’ai déjà écrit dans cet entretien que sans l’Eglise Catholique, vous ne pourriez accéder à la Bible. Vos critiques sur les livres apocryphes me rappellent les discussions que je peux avoir avec des Témoins de Jéhovah, des Evangéliques ou des Mormons qui, à votre image, retirent des livres : Esdras, certains chapitres chez Daniel etc. Un conseil pour être tranquille : composez votre Bible comme bon vous semble comme le fit Luther en 1534… En effet, il est si confortable de retirer des livres ou de rajouter des mots pour que cela correspondent à votre petite doctrine. Après tout, si cela vous rend heureux. Trêve de plaisanterie !

La notion même de purgatoire se retrouve dans l’Ancien et le Nouveau Testament contrairement à ce que vous pensez. Peu importe que le mot ait été «  créé » plus tard. Le fait de prier pour les morts remontent aux premiers temps du christianisme. A Rome, lors des persécutions et même par la suite, les fidèles priaient déjà pour les martyrs. Je poursuis mon raisonnement en citant Saint Paul : « Si l’œuvre bâtie sur le fondement subsiste, l’ouvrier recevra une récompense. Si son œuvre est consumée, il en subira la perte ; quant à lui, il sera sauvé, mais comme à travers le feu » (1 Corinthiens 3- 14,15). Il continue en disant : « Des femmes ont recouvré leurs morts par la résurrection. Les uns se sont laissés torturer, refusant leur délivrance afin d’obtenir une meilleure résurrection » (Hébreux 11-35). Il y a d’autres passages qui évoquent le purgatoire : Matthieu 12-32, Marc 3-29, Épître aux Romains 8-36,38 etc. Les références sont variées et nombreuses, mais est-ce que cela vous suffira ? Vaste question à laquelle je répondrai en citant Jésus : « Entende qui a des oreilles » (Matthieu 13-9).

 

Jean ROBIN : Même si l’Eglise et les catholiques ont aussi de bons côtés, comme toute chose (une horloge cassée donne l’heure exacte deux fois par jour) et qu’il faut aimer les catholiques malgré tout ce que je viens d’énumérer, comment conciliez-vous ces faits indubitables avec le christianisme ?

Franck ABED : Là où vous voyez des faits indubitables, je ne vois que méconnaissances, mensonges, calomnies voire diffamations. Vous n’êtes pas obligé d’aimer les catholiques. En revanche l’honnête homme et le juste se doivent d’être épris de justice, de vérité et de bonté. Ainsi, même si vos opinions sont très divergentes de celles exprimées par les catholiques, l’honneur vous commande de ne pas nous faire dire n’importe quoi, de ne pas colporter des mensonges historiques, encore moins de nous attribuer des pensées qui nous sont très éloignées.

Quand je regarde l’histoire de l’Eglise, j’en suis fier. J’aime l’Eglise de Jésus, et j’aime son histoire. Certes, tout ne fut pas brillant mais la perfection n’est pas de ce monde. Pendant que certains s’agitent intellectuellement dans un bocal, d’autres parcourent le monde pour aider les faibles et les plus démunis. L’Eglise Catholique, contre vents et marées, par l’intermédiaire de ses nombreux fidèles, continue d’aimer, de prier, de réconforter, de soutenir, de soigner tous ceux qui en ont besoin. Je crois que ces actes sont les plus fidèles à la charité évangélique et méritent un minimum de respect…



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