Ce que nous sommes par l’Institut Iliade

ce-que-nous-sommes-couv-189x300

 

L’Institut Iliade a publié ce manifeste fort instructif, sous-titré aux sources de l’identité européenne. Dès les premières pages, l’objectif est clairement énoncé : développer l’idée d’une reconquête intellectuelle, politique et morale auprès des Européens. Selon l’Institut, celle-ci pourra être entreprise si les concernés connaissent la riche histoire de leur continent et se réapproprient leurs traditions.  

Après une très belle introduction de Philippe Conrad, l’ouvrage se découpe en trois parties : notre longue mémoire, un regard européen sur le monde, combats d’aujourd’hui et de demain. Le livre se termine par l’intéressante conclusion de Jean-Yves Le Gallou, la présentation des différents auteurs et de l’Institut Iliade. Précisons d’emblée qu’il s’agit d’un ouvrage collectif regroupant douze invités (journalistes, écrivains, essayistes, professeurs d’université). Les interventions, consacrées à divers sujets importants voire fondamentaux, proposent des réflexions pertinentes et pédagogiques. En effet, elles traitent – entre autres – de la Grèce, de Rome, de la chrétienté, de la musique et du monde médiéval. Le format du livre, moins de deux cents pages, et le bien-fondé des contributions permettront sans nul doute de toucher un large public. Après chaque intervention, consacrée à une thématique bien précise, est proposée une liste d’ouvrages. C’est une excellente idée pour celles et ceux qui désirent approfondir ledit sujet. 

Dès les premières pages, de cet essai collaboratif original, le ton est donné : « alors qu’elle dominait le monde sans partage au XXème siècle, l’Europe, affaiblie par le grand suicide que fut sa guerre de Trente Ans ans 1914-1945, semble promise à une disparition programmée au profit de masses humaines à la croissance desquelles elle n’a cessé de contribuer, au nom d’un universalisme humanitaire né des valeurs chrétiennes recyclées par les Lumières, un discours droit-de-l’hommiste censé s’imposer à tous ». Concrètement, il existe une réelle menace, incarnée à la fois par le mondialisme et le multiculturalisme, envers les peuples enracinés. La stratégie des dominants repose sur « les mensonges, les manipulations idéologiques et les appels à la repentance » dans le but « de substituer le citoyen du monde dont ils rêvent aux hommes enracinés dans un territoire et héritiers d’une histoire et d’une culture spécifique ».

L’enjeu pour l’Homme est le même depuis sa Création : savoir d’où il vient, pour savoir où il doit aller. A ce titre, il faut sans cesse redire que « l’enseignement de l’histoire, garant de la transmission d’une mémoire nationale et civilisationnelle commune, constitue évidemment un enjeu décisif au moment où les collégiens sont invités à s’intéresser à la Chine des Han ou à l’Empire africain du Monomotapa plutôt qu’à la France d’Ancien Régime ». Effectivement, il est triste et regrettable de savoir que nos jeunes générations connaissent par coeur les chansons de Booba, Maître Gims ou d’Orelsan (1), mais qu’elles ignorent tout de Clovis, Saint-Louis et Jeanne d’Arc. Un peuple amnésique ne mérite pas de continuer sa route. D’une manière générale, même s’il le voulait, les forces du chaos le détruiraient en un rien de temps. Véritablement, un peuple sans passé n’a aucun avenir. 

De fait, et comme le rappelle pertinemment un des auteurs, « toute interrogation sur l’identité pose la question des origines ». Ainsi, il demeure essentiel de « redécouvrir le miracle grec et l’héritage de Rome, si familiers à ceux qui nous ont précédés il y a seulement quelques générations » et procéder à « la nouvelle lecture de notre Moyen Age, période de gestation de la civilisation occidentale née de la fusion réussie des fondamentaux de la vieille Europe et du message chrétien venu d’Orient ».

Cependant, il convient de ne pas succomber aux charmes d’un romantisme béat ou de tomber dans un passéisme incapacitant, car trop glorieux et donc difficile à atteindre. Un des contributeurs précise : « il ne s’agit nullement de réduire la portée d’une civilisation à la célébration d’un passé fantasmé, mais de comprendre, à travers l’éveil de la longue mémoire, ce qu’un peuple possède en propre, ce qui fonde sa matière spécifique d’être au monde et constitue la source de son génie ». L’Europe a, mais comme chaque continent ou espace de civilisation, ses caractéristiques et ses spécificités. Il revient aux Européens de les vivre et de les incarner, sous peine de disparaître. 

Pourtant et contrairement aux discours institutionnels « l’Europe n’est pas le produit d’une idéologie dont l’horizon se limite à la promotion d’identités plurielles et interchangeables : elle possède un génie propre aux racines plurimillénaires. De leurs lointains aïeux, les Européens n’ont pas seulement reçu un héritage linguistique, mais une vision commune. Cet héritage ne crée aucun droit : il oblige. Telle est aujourd’hui notre tâche : revendiquer ce que nous sommes ».

Il convient de rappeler une évidence dans ce projet de reconquête : « il ne s’agit pas d’affirmer dans l’absolu la supériorité de notre civilisation sur les autres, il s’agit de refuser toute forme de repentance ». Les Européens ne doivent pas s’accuser ou s’excuser d’avoir porté très haut le flambeau de la civilisation pendant des siècles. Il importe « de respecter notre civilisation, d’en reprendre le fil, d’en enrichir les traditions et de les transmettre à nos descendants. Bref de refuser la table rase et le Grand Remplacement génocidaire ». 

Dans La Crise de l’Esprit, Paul Valéry avait écrit en 1919, au lendemain de la tuerie de 14-18 : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles (…) Et nous voyons maintenant que l’abîme de l’histoire est assez grand pour tout le monde. Nous sentons qu’une civilisation a la même fragilité qu’une vie ». Il n’existe pas d’autres alternatives : mourir ou renaître ? Mon choix est fait : renaître. Mais à condition de savoir ce que nous sommes

 

Franck ABED

 

(1) Orelsan a reçu en 2018 trois Victoires de la musique : meilleur clip pour Basique, meilleur album de musique urbaine pour La fête est finie, artiste masculin de l’année. Cela en dit long et nul besoin de commentaire pour manifester notre désarroi



Catégories :Actualité, Histoire, Philosophie

Tags:, , , , , , , , , ,

%d blogueurs aiment cette page :