La cabale des Hébreux par Paul Drach

François Plantey est neuropsychiatre de profession et il a étudié l’hébreu à Jérusalem. Il nous présente, dans une préface dense et intéressante, David-Paul Drach (1791-1865), sa vie, son oeuvre. Ce dernier fut un ancien rabbin et un talmudiste réputé parmi les siens. Cependant, il se convertit au catholicisme romain et devint l’ami de Pie IX. Il fut fait chevalier et bibliothécaire de la Congrégation pour la propagation de la foi. Il a écrit entre autres De l’Harmonie entre l’Eglise et la synagogue pour montrer la parfaite continuité entre l’Ancien et le Nouveau Testament.

Plantey tombe sur La cabale des Hébreux « dans une prestigieuse bibliothèque monastique » au cours de sa quête intellectuelle. Ce livre le marque profondément, au point qu’il décide de le porter à la connaissance du plus grand nombre : « il nous parut un devoir de mémoire que de publier au moins ce petit ouvrage, précisément pour rendre témoignage à la vérité ». La vérité commence par la maîtrise des doctrines, des concepts et finalement des mots. Comme le dit parfaitement le docteur, il existe une méconnaissance et donc une confusion concernant le terme de cabale : « dans la majorité des cas le mot de cabale n’évoque guère que l’idée de complot, voire quelques notions de magie plus ou moins noire. » Dans sa volonté de clarté pédagogique, Drach commence son ouvrage par cette définition : «  le terme cabale, mot qui vient de l’hébreu, signifie enseignement, doctrine qu’on reçoit, c’est-à-dire, admet, sans examen, avec une foi entière, d’une autorité digne de toute notre confiance. » Afin de bien être clair sur les termes de son sujet, Plantey prend le temps de rappeler des définitions salutaires qui tordent le cou aux idées reçues : « La gnose orthodoxe n’est rien d’autres que la connaissance explicite des vérités révélées, la science de la foi. Le mot, avec l’idée qui s’y rattache, se retrouve dans l’Evangile (Luc 11,52) et dans les épitres des apôtres (1 Corinthiens 8,7 ; 13, 8) pour désigner, à côté de la foi qui adhère à la révélation sur l’autorité du témoignage divin, l’étude approfondie des dogmes à l’aide des lumières de l’Ecriture et de la tradition ». Plantey poursuit son explication : « la gnose est donc le naturel et le légitime exercice de la raison chrétienne : c’est un besoin pressant, pour quiconque pense, de rechercher à éclaircir les vérités révélées, à pénétrer les motifs et l’objet de la foi. » Il convient d’entendre la gnose comme la recherche de la vraie connaissance, et non pas l’assimiler à l’ésotérisme ou au gnosticisme qui relève d’une idéologie dualiste contraire à la croyance catholique (1). Pour appuyer son propos, il cite Clément d’Alexandrie qui écrivait déjà en son temps : « le nom de gnostique n’est mérité que par celui-là seul qui, ayant blanchi dans l’étude de l’Ecriture, garde la règle des dogmes apostoliques et ecclésiastiques. » Plantey continue sa réflexion en expliquant que l’enseignement suprême remonte à Adam lui-même. En effet la tradition, comprendre la transmission du vrai enseignement, ne subit aucune interruption depuis la création de l’homme : « La tradition primordiale, que rapporte le traité Pirké abot, issue d’Adam se déploie au fil des générations ; essence même de la religion catholique, cette tradition primordiale, selon saint Augustin, c’est déjà la religion catholique. C’est l’idée centrale de Paul Drach qui se fonde précisément sur l’évêque d’Hippone.  » Saint Thomas d’Aquin lui-même enseignait les deux propositions suivantes : «  1) Adam reçut par la révélation une connaissance des sciences naturelles et surnaturelles supérieure, en certain sens, à celle qu’aucun homme ne possédera jamais, et il eut la mission de les transmettre à sa postérité. 2) Adam eut la science explicite de la Trinité, de l’Incarnation, de la Rédemption et de l’Eglise ; et cette science se conserva, à travers les siècles, sous la forme explicite, chez l’élite de l’humanité, sous la forme implicite dans le peuple.  »

Il nous paraît évident que la tradition primordiale, qui est la seule vraie tradition, se montre très éloignée des dérives idéologiques de Guénon (2). Le préfacier avance l’idée suivante : « on voit bien que la tradition primordiale des ésotériques plus ou moins guénoniens ne saurait être autre chose que la conscience inexacte de cette tradition  ». Si c’était simplement une « conscience inexacte »… Drach nous plonge au coeur des traditions et des enseignements profonds de l’Ancien Testament avec un savoir qui n’a d’égal que la pertinence de son propos. Ce dernier se trouve constamment circonstancié, dénué de tout sentimentalisme ou de faux semblant. Son but avoué, sans fard, reste de démontrer que l’Eglise Catholique est la seule héritière de l’Ancienne Alliance. Alors certes, l’enseignement de la cabale peut recouvrir une dimension non pas cachée, mais voilée qui peut en déranger certains. Drach en précise le sens : « Moïse avait la face voilée, pour ménager la vue faible des Juifs (Exode 29,35), mais Jésus-Christ s’est montré à visage découvert. » Cependant, même si les spécialistes de la Cabale semblent divisés sur le sujet, Drach pense que : « malheureusement l’ancienne et bonne Cabale s’est perdue en grande partie. » En parcourant les pages du traité de Drach, nous apprenons que les hébraïsants entendent par Cabale « science divine et philosophie divine. » Pourtant, l’ancien rabbin regrette vivement « que le seul nom de Cabale inspire, même à des hommes d’esprit et de savoir, nous ne savons quel sentiment d’effroi mêlé d’horreur. » De plus il rappelle très justement « que les docteurs hébreux n’ont cessé de proclamer que le Messie était l’objet final de toutes les prédications des voyants d’Israël. » Il enchaîne avec une idée fondamentale : « La Cabale, qu’on peut appeler la philosophie des Hébreux, lorsqu’elle était encore dans toute sa pureté, avait cela de particulier, qu’elle donnait ces notions sublimes auxquelles n’ont jamais pu arriver les plus profonds génies parmi les philosophes païens privés du secours de la révélation. » Il en profite également pour rejeter les accusations de panthéisme qui visent la Cabale des Hébreux. Par exemple, Adolphe Frank avait beaucoup critiqué la cabale dans son ouvrage (3). Toutefois, il avait dédicacé son travail à son maître en philosophie dont il était un fervent discipline, à savoir Hegel. Comme chacun sait Hegel ne se déclarait pas fervent adorateur du Dieu unique. La défense de Drach au sujet de la pureté doctrinale se montre à la fois surprenante et convaincante, de par les arguments proposés et les références mises en avant… Il termine son ouvrage de la meilleure des manières. Effectivement, il cite le Gloria en latin.

Le Docteur Plantey a eu une excellente idée de rééditer ce livre avec les Editions Via Romana. Sa préface est précieuse parce qu’elle nous permet de saisir les grandes lignes de la vie et de l’oeuvre de Drach. Sans elle, il aurait été ardu de s’y retrouver. Quant au traité de Drach, il se montre puissant et mystique. Après sa lecture, nous savons qu’il coexiste en réalité deux cabales comme l’enseigne Drach : « la première, la véritable cabale, dont l’enseignement remonte à Adam. Celle-ci fut transmise par la Synagogue. Et l’ensemble recouvre un caractère franchement chrétien. La seconde est en fait un mélange de magies, de théurgie, de superstitions ridicules » que nous considérons avilissantes pour l’esprit humain. Ce traité court, dense et puissant, rejette les fausses accusations à l’endroit de la cabale authentique en ayant préalablement défini ce qu’elle est réellement, à savoir une tradition orale compatible avec la pensée chrétienne…

Franck ABED

 

(1) Le gnosticisme défend l’existence d’un Dieu du Mal et d’un Dieu du Bien

René Guénon (1886-1951) n’eut de cesse de tromper les catholiques avec qui il collabora, pour mieux diffuser le poison de ses théories occultistes, tout ceci au nom d’une prétendue défense de la « Tradition ».

(3) Il a publié en 1843 La Kabbale ou la philosophie religieuse des Hébreux, dans lequel il cherche à établir que le panthéisme constitue le fond de toutes les doctrines de la cabale.



Catégories :Histoire, Religion

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