Le tripartisme hérité de la Révolution de 1789

Dans mon court ouvrage, intitulé Panorama critique de la droite (1), j’explique les raisons objectives de la défaite de la droite depuis deux cents ans. Elles tiennent principalement en une cause : les gens dits de droite se sont éloignés voire totalement coupés des fondamentaux philosophiques et historiques de ce courant. Originellement, être de droite c’est combattre la Révolution de 1789, donc la République. Aujourd’hui, mais déjà hier, la majorité des gens dits de droite défendent et promeuvent la République et la Démocratie. Pourtant dans notre pays, la distinction historique entre la gauche et la droite tire son origine de la Révolution dite française avec le vote sur la Constitution civile du clergé en 1790. Les partisans du oui siégèrent à gauche, ceux du non à droite. Opter pour le oui revenait à penser que le spirituel devait être soumis au temporel, voter pour le non c’était admettre que le temporel devait être subordonné au spirituel (2). Combien de gens dits de droite défendent l’idée que la Loi de Dieu est au-dessus de la loi des hommes ? Poser la question revient en fait à y répondre…

Tout le monde connaît le livre de René Rémond intitulé les Droites en France, dans lequel il explique qu’il n’y aurait pas une droite mais trois : la légitimiste, l’orléaniste, et la bonapartiste. Pour notre part, même si cette étude se montre très intéressante par de nombreux aspects, nous ne pouvons considérer le bonapartisme et l’orléanisme comme étant des mouvements de droite. En effet le premier est littéralement le fils de la Révolution, ce « Robespierre à cheval  » comme l’appelait la fille (3) d’un mauvais ministre des finances (4). Le second descend d’un régicide (5) de surcroît grand maître de la Grande Loge de France, sans compter que Louis-Philippe d’Orléans, son fils, fut membre du Club des Jacobins (6) tout en étant très impliqué avec les milieux affairistes bourgeois et nouveaux riches qui s’étaient remplis les poches durant la période révolutionnaire et l’Empire… Ces éléments politiques et historiques étant rappelés voire précisés pour certains, il nous faut maintenant établir notre propos. Selon nous, la Révolution de 1789 a fracturé le paysage politique en trois grandes tendances. La première regroupe les personnes qui voient dans le mouvement révolutionnaire le véritable poumon de la modernité et de l’Histoire. Il s’agit des Modernes qui ne reculent devant rien pour vilipender les mœurs classiques et les traditions, que ce soit dans le domaine politique, économique et social. A leurs yeux, tout se justifie au nom du Progrès, de la Technique et de l’Evolution. La deuxième catégorie est la plus grande. Ses « membres » acceptent les évolutions introduites par la Révolution, tout en voulant, dans un équilibre improbable, concilier Tradition et Modernité. Ils sont les Conciliateurs. Ce grand ensemble nous fait incontestablement penser au Marais ou à la Plaine au sein de la Convention Nationale. Cette mouvance se subdivise en réalité en deux formations : avec d’un côté une aile progressiste, et de l’autre une aile conservatrice. Si les Modernes imposent leurs thèmes de prédilection au champ politique, autant les Conciliateurs occupent toujours majoritairement les postes gouvernementaux. Ainsi, depuis un peu plus de deux cents ans, notre système politique alterne constamment entre la «  gauche  » et la « droite ». Or, les Conciliateurs valident, nonobstant quelques différences de degrés en fonction de leur positionnement gauchiste ou droitard, les modernités philosophiques et politiques portées par la Révolution de 89. De fait, les Conciliateurs sont également des Modernes. En conséquence cette droite, qui en réalité ne l’est pas, reste de manière consciente ou inconsciente à la remorque, d’un point de vue philosophique et idéologique, du courant moderniste et de ses idées destructrices. Ainsi, lorsque l’aile droite des conciliateurs arrive au pouvoir, cette prétendue droite est obligée de mettre en place une politique de gauche (7). Enfin, la troisième et dernière tendance reste, malheureusement à ce jour, la plus petite. Elle ne participe jamais au pouvoir et reste à ce jour constamment en périphérie du système politique. Elle coagule les individus refusant les principes de 1789 et qui les combattent. Ils sont les traditionnels. Ils se définissent fondamentalement comme des héritiers et ont conscience de n’être que les maillons d’une vaste chaine dont le rôle principal consiste à transmettre ce qu’ils ont reçu. Ils sont considérés par leurs adversaires comme les tenants d’un système non pas ancien, mais obscur et enterré dans les décombres fumants de l’histoire. Bien souvent, ces gens sont marginalisés politiquement, et socialement pour certains d’entre eux. Cette saine césure idéologique les dissocie, et le contraire eut été étonnant, des Modernes et des Conciliateurs qu’ils soient progressifs ou conservateurs. Il convient de rappeler, malgré tout ce dont les adversaires les accablent, que les traditionnels développent un message résolument avant-gardiste. Effectivement ils restent les défenseurs d’un monde organique, hiérarchisé, décentralisé et respectueux de l’ordre naturel. Dans notre époque décadente et résolument centrée sur l’homme, ils demeurent fidèles, à temps et à contre temps, à leur idéal. Porteurs d’un flambeau incandescent, ils défendent l’héritage des Anciens et refusent les idées modernes telles que : le suffrage universel, l’égalitarisme, la souveraineté nationale s’incarnant dans la masse, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, le parlementarisme, etc.

Que des hommes et des femmes défendent l’idée que la loi de l’Etat est au-dessus de la loi de Dieu, que la République est un excellent système, reste leur droit élémentaire le plus strict. En revanche, se revendiquer d’un courant de pensées tout en défendant des idées qui ne lui appartiennent pas, me paraît au minimum être un procédé maladroit. Nous n’appelons pas à la transparence, concept au demeurant très à la mode et vide de sens, mais à la cohérence… En effet, comme l’écrivait Saint-Thomas d’Aquin, « la cohérence est le moteur de la vérité. »

Franck ABED

(1) http://www.thebookedition.com/fr/panorama-critique-de-la-droite-p-343498.html

(2) Le temporel et le spirituel ne doivent pas être séparés, sinon on tombe dans le laïcisme. Le temporel et le spirituel ne peuvent être confondus, sinon on bascule dans la théocratie. Le temporel et le spirituel doivent être donc distincts, mais le premier doit être soumis au second…

(3) Formule ambigüe de Germaine de Staël, une opposante déterminée contre Napoléon.

Le 3 octobre 1806, Hegel écrivait à son ami Niethammer : « J’ai vu l’Empereur – cette âme du monde – sortir de la ville pour aller en reconnaissance ; c’est effectivement une sensation merveilleuse de voir un pareil individu qui, concentré sur un point, monté sur un cheval, s’étend sur le monde et le domine. »

(4) Jacques Necker, genevois, financier et protestant

(5) Louis-Philippe d’Orléans, duc de Chartres, puis duc d’Orléans (1785-1793), dit Philippe Egalité après 1792, vota la mort de son cousin le roi Louis XVI et sans appel. Le rejet de l’amendement Mailhe pouvant sauver le roi se joua à une voix, ce fut la sienne.

(6) Louis-Philippe de Guy Antonetti,

(7) La droite où l’on n’arrive jamais par Yves-Marie Adeline

 



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  1. France-Irak actualités-Franck Abed  » Ecrivain, philosophe, historien-site spécialisé su le Moyen-Orient avec lettre électronique-vria «  – sourceserlande

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