Le mouvement dextrogyre à l’épreuve des élections de 2017

Guillaume Bernard, auteur de « La Guerre des droites aura bien lieu. Le mouvement dextrogyre » a répondu aux questions de Michel Janva. L’entretien a été publié en quatre parties du 26 au 29 décembre 2017 dans le Salon Beige

J’avoue ne pas partager les thèses défendues par Guillaume Bernard, même si celui-ci est fort sympathique. J’ai donc décidé de répondre aux mêmes questions, dans le but de montrer les points de divergences de manière pédagogique et de rappeler des éléments doctrinaux de première importance. 

Toutes les personnes intéressées par la France, le débat des idées, les questions politiques et les aspects stratégiques trouveront un grand intérêt à lire ces deux entretiens. Ils sauront juger de la pertinence ou non des avis présentés et argumentés. 

Je précise que les réponses apportées par mes soins ne dépendent pas de mes préférences, ni de mon ressenti. Elles sont le fruit d’analyses approfondies et d’études sérieuses.

 

Les élections de 2017 ont plus que déçu, c’est un euphémisme, l’électorat de droite, qu’il ait été filloniste ou mariniste. Certains en ont donc conclu que le « mouvement dextrogyre » que Guillaume Bernard avait théorisé n’était qu’une vue de l’esprit.

Les élections de 2017 ont déçu tous les amoureux de la France, indépendamment de leur positionnement politique, qu’ils soient à gauche, à droite ou au centre. Je ne m’étendrai pas sur le cas Macron, car ce n’est pas le sujet de l’entretien. Ceci étant dit, il me paraît difficile de parler d’un électorat de droite, surtout si vous dites que celui-ci fut « filloniste » ou « mariniste ». J’aurai l’occasion d’en reparler. Votre postulat suivant : « l’électorat de droite a été plus que déçu » du résultat de cette élection présidentielle, montre et démontre, une fois de plus, l’incapacité de cette mouvance à faire preuve de lucidité intellectuelle et de prospective politique. Tous les sondages, tous les indices, toutes les données que nous pouvions collecter, indiquaient clairement la montée en puissance de Macron et sa victoire quasi-certaine. Tous les observateurs sérieux abondaient en ce sens. Je ne traiterai pas ici du soutien massif des grands médias à la candidature Macron, sauf pour ajouter qu’il fallait se montrer vraiment naïf voire totalement dénué d’esprit politique et d’intelligence, pour être convaincu que, dans le contexte de 2017, Fillon ou Le Pen eussent pu braver le diktat médiatique. Cela en dit long sur le peu ou l’absence totale de formation de cet électorat et de ces prétendus intellectuels qui espéraient une chose improbable.

Le « mouvement dextrogyre » n’est pas une vue de l’esprit de son créateur, mais simplement un voeu pieu de celui-ci. Il demeure facile de répondre à ses détracteurs qu’ils ne savent pas de quoi ils parlent, pour ne pas répondre à la pertinence de leurs remarques. Il n’est d’ailleurs guère étonnant que Guillaume Bernard s’appuie sur l’argument mercantile suivant : « Il est toujours à leur disposition et continue, d’ailleurs, de se vendre » – au sujet de son ouvrage – pour valider la pertinence de son propos. Je connais beaucoup de films et de chansons médiocres qui atteignent des millions d’exemplaires vendus. Il existe également des livres défendant des idées fausses qui se vendent par centaines de milliers depuis des décennies. On ne mesure pas la pertinence ou la validité d’une thèse au nombre de livres vendus…

Ceci étant dit et pour revenir au coeur du problème, il n’y a aucun mouvement de fond à droite, ni dans les médias, cela se saurait, ni dans l’opinion publique, cela se verrait. Dire : « ces idées existent dans la population et les médias mais les hommes politiques ne les ont ni défendues, ni exprimées » me paraît être une posture intellectuelle, à la fois facile mais en réalité totalement fausse. Il faut, sans prétention aucune de ma part, faire preuve de logique : si les hommes politiques, qui sont prêts à presque tout pour gagner les élections, avaient eu le sentiment ou l’intuition que les idées de ou dites de droite montaient dans l’opinion publique, nul doute qu’ils les auraient brandies pour recueillir le suffrage des électeurs. C’est évident, parce que ces gens sont prêts à tout pour se faire élire, notamment défendre l’opposé de leurs convictions intimes. Ne pas le reconnaître revient à s’enfermer dans le déni. Si demain, il faut être un adepte de l’oignon pour gagner des élections, les hommes politiques les afficheront sur leurs tracts et professions de foi. Concrètement, ce « mouvement dextrogyre » n’est donc pas constatable ni d’un point de vue des urnes, ni dans les médias, et encore moins dans la population…

Dernier élément si je puis dire, Guillaume Bernard explique : «  Il faut avoir la mémoire courte pour ne pas se souvenir que les questions de l’immigration, de l’identité, de la définition des corps sociaux (autant la nation que la famille) étaient totalement taboues il y a quelques années encore. Elles ne le sont plus. » Cette affirmation se révèle erronée. L’immigration dans le débat politique on en parle depuis au moins trente ans. Par exemple, il suffit d’écouter les discours de Jean-Marie Le Pen et se souvenir des affiches du Front National : « Trois millions de chômeurs, ce sont trois millions d’immigrés de trop » pour se rendre compte de ce fourvoiement intellectuel. Dans les années 80, la mairie communiste de Vitry-sur-Seine avait fait détruire aux bulldozers des foyers sonacotra. J’en profite pour rappeler que SOS Racisme fut créé en 1984 dans un contexte de tensions politiques au sujet des populations immigrées. Je me souviens parfaitement des comédies (Les Visiteurs, La France de demain, etc. ) des Inconnus qui évoquaient l’immigration, d’une manière qui aujourd’hui serait perçue comme raciste et extrémiste. La parole sur ces sujets était beaucoup plus libre avant les années 2000, qu’après, même si certaines lois réduisant la liberté d’expression existaient déjà. Je n’oublie pas non plus « le bruit et l’odeur » de Jacques Chirac, les propos de Pasqua et de tant d’autres sur ce sujet. Ceux qui n’ont pas la mémoire courte savent que les Polonais, Italiens, Portugais et les Français d’Algérie ont provoqué de nombreux débats politiques lorsqu’ils arrivèrent ou débarquèrent en France, parce qu’ils n’étaient pas acceptés par les indigènes. D’où les surnoms très délicats de polaks, ritals, Pieds-Noirs etc, qui émergèrent dans ces années-là. Rappelez-vous également de la pomme brandie par Villiers aux 20 heures de TFI, quand il voulait défendre l’identité et la culture françaises.

Admettons le propos précédemment cité : les thèmes présentés plus haut étaient absents dans le débat politique, puis ils sont apparus progressivement « grâce » au mouvement dextrogyre. Remarquons et reconnaissons tout de même, que ces thèmes ne sont pas traités par les médias selon l’optique de Guillaume Bernard. Finalement et fondamentalement, qu’est-ce que cela change que les médias en parlent, si c’est pour relayer le discours officiel ? De toutes les façons et dans l’absolu, ces thèmes – immigration, famille, identité – ont toujours été évoqués depuis des décennies par les médias, les politiques et la société française au sens large du terme (chansons, cinémas, spectacles, etc. ). La vraie nouveauté dans le débat politique, de ces dix derniers années, est l’apparition des thèmes bioéthiques (euthanasie, légalisation des unions des personnes de même sexe, GPA, PMA …).

Le mouvement dextrogyre suppose la classification des forces politiques selon le clivage droite-gauche. Pourquoi ?

Indépendamment du « mouvement dextrogyre » et heureusement, le clivage gauche-droite reste pertinent sur le plan politique et intellectuel. En revanche d’un point de vue politicien ou électoral, il a perdu de son sens depuis bien trop longtemps. En effet, comme le disait Maurice Druon : « En France il y a deux gauches, dont l’une s’appelle la droite ». Je l’ai maintes fois expliqué : la « matérialisation » du clivage gauche-droite apparaît clairement avec la vague révolutionnaire de 1789, mais les oppositions fondamentales entre les deux courants remontent à la nuit des temps. Le monde se divise en deux camps : ceux qui rejettent l’autorité de Dieu et ceux qui acceptent l’autorité de Dieu. Dans mon court ouvrage intitulé Panorama critique de la droite, j’explique les raisons objectives des défaites successives de la droite depuis deux cents ans. Elles tiennent principalement en une cause : les gens dits de droite se sont éloignés voire totalement coupés des fondamentaux philosophiques et historiques de ce courant. Originellement, être de droite c’est combattre la Révolution de 1789, donc la République. Aujourd’hui, mais déjà hier, la majorité des gens dits de droite défendent et promeuvent la République et la Démocratie. Dans notre pays, la distinction politique entre la gauche et la droite tire son origine historique de la Révolution, avec le vote sur la Constitution civile du clergé en 1790. Les partisans du oui siégèrent à gauche, ceux du non à droite. Opter pour le oui revenait à penser que le spirituel devait être soumis au temporel, voter pour le non c’était admettre que le temporel devait être subordonné au spirituel. Nous retrouvons la même opposition lors du vote sur le veto du Roi. Ceux qui voulaient lui retirer ou amoindrir son droit de veto siégèrent à gauche, ceux qui désiraient maintenir le veto se placèrent à droite. D’un point vue ontologique, la droite en France est monarchiste et catholique.

Il existe naturellement des permanences dans les idées philosophiques et intellectuelles. Un homme de gauche considérera toujours que le pouvoir vient du peuple et qu’il tire sa légitimité de ce dernier. Un homme de droite exprimera perpétuellement l’idée que tout pouvoir vient de Dieu, comme le dit l’apôtre Saint Paul dans les Epîtres. L’homme de gauche croit en l’égalité au risque de nier le naturel et le réel. C’est un militant acharné de l’utopie égalitaire. L’homme de droite lui est profondément inégalitaire, parce qu’il ne peut concevoir le relativisme. Je pourrai multiplier les exemples pour démontrer la permanence des fondamentaux idéologiques de chaque camp. D’une manière générale, combien de gens dits de droite de premier plan expriment l’idée que le Code Civil, oeuvre juridique magistrale au demeurant, est inférieur au Décalogue ou au Sermon sur la montagne ? Zéro. René Rémond dans Les droites en France classe ou organise les droites en trois courants : l’orléanisme, le bonapartisme et le légitimisme. Or, le premier et le deuxième courants ne peuvent être considérés de droite. L’orléanisme est objectivement du centre ou de gauche, car profondément libéral et conciliant avec les idées révolutionnaires, nonobstant son habillage monarchiste et le fait que ses chefs soient issus de la branche cadette des Bourbons. Le bonapartisme est une synthèse, qui peut avoir des aspects séduisants non exempt d’erreurs, entre la tradition et la révolution. Il se définit plutôt comme un extrême centre. Ces dernières années, les gens dits de droite, citons principalement, Juppé, Sarkozy, Le Pen père, Le Pen fille, Fillon, Villiers, voire Wauquiez maintenant, s’inscrivent tous dans une optique orléaniste ou bonapartiste, mais jamais légitimiste.

Le spectre politique n’est donc pas quelque chose de statique. Vous insistez sur le fait que les forces politiques interagissent les une sur les autres. Comment ?

Le spectre politique pourrait évoluer, c’est certain, mais les fondamentaux idéologiques des courants restent permanents comme je l’ai développé et démontré plus haut. De toutes les façons, depuis l’instauration de la première République en France, le spectre politique est ouvertement à gauche, nonobstant les réveils éphémères de la droite.

Il va de soi que, dans un système officiellement bipartiste, les acteurs politiques, bien souvent les mêmes depuis des lustres, s’influencent et mettent tout en oeuvre pour peser dans leur propre camp et sur celui d’en face. Toutefois, il convient de préciser et de rappeler que, nonobstant les oppositions de façade, la grande majorité des acteurs politiques s’accorde tous pour défendre les grandes idées de la Révolution : scientisme, progrès, croyance dans l’homme, agnosticisme ou athéisme etc.

Néanmoins, pour des jeux de pouvoir et de rivalités internes, il arrive que des différences éclatent comme en 2005, avec le référendum pour une Constitution Européenne. Les deux grands partis de l’époque, le PS et l’UMP s’étaient prononcés en faveur de son adoption, mais les autres formations politiques et des ténors de ces deux partis (citons Montebourg, Fabius, Taubira, Dupont-Aignan), par conviction ou opportunisme politique car sentant le vent tourner dans la population, se positionnèrent contre son adoption. Le « non » l’a finalement emporté à 55%, au grand dam de Sarkozy et consorts. Dans l’absolu, cette victoire n’a rien changé. En effet, ce que le peuple avait rejeté avec force en 2005, lui fut imposé par le Parlement réuni en Congrès à Versailles le 2 février 2008. Admirons la symbolique : Louis XIV avait imposé par les armes, la diplomatie, les arts et les lettres, la prédominance française à l’Europe. Trois cents ans plus tard, les Français eux se voient imposer, dans le château de Louis le Grand, une dose supplémentaire d’européisme qui met fin, de fait, à la souveraineté nationale pour laquelle se sont battus tous nos rois.

Récemment le Front National, qui avait toujours défendu de manière plus ou moins ostentatoire le retour au franc et affiché son eurosepticisme, a effectué par la voix de sa présidente un rétropédalage manifeste sur ces questions. Rétropédalage qui a, par la suite, justifié le départ de son ancien bras droit et protégé Florian Philippot. Ce dernier reproche à son ancienne responsable de communier dans l’européisme. Le Pen fille a changé d’avis, car elle a bien compris que sur ces questions – franc, euro, Union Européenne – elle commençait à être plus que minoritaire au sein de la représentation politique officielle. A un moment donné, quand on veut à tout prix rentrer dans un processus de normalisation, on gomme, on efface ce qui nous démarque des autres. Elle a clairement été influencée, par les autres partis politiques, les médias, et le contexte social et politique de notre pays.

La ligne de démarcation entre la droite et la gauche est donc relative à une situation historique mais elle ne serait pas philosophiquement subjective. Est-ce bien ce que vous défendez ?

La démarcation réelle entre la gauche et la droite dépend de facteurs philosophiques et intellectuels, qui eux ne dépendent pas d’une situation historique donnée. Les idées fondamentales des courants politiques sont apodictiques. Affirmer que les idées fondamentales d’un courant politique passent de l’autre coté, repartent et réapparaissent au gré du vent et selon les envies des acteurs politiques, revient à nier le caractère fondamental des idées et leurs essences propres. Sans ironie aucune, cela conduirait à défendre «  une idéologie du genre des idées politiques  ». C’est étonnant de penser ainsi, pour des gens qui se revendiquent à la fois de la droite, de la tradition et de l’enracinement. Dire et écrire cela, revient en réalité à faire une énorme concession au modernisme intellectuel et au relativisme philosophique. L’essence des idées politiques dépendraient d’un contexte historique. Pourrions-nous considérer sérieusement que le collectivisme pourrait être de droite ? Et la société pyramidale, hiérarchisée et divisée en ordre, de gauche ? Poser la question revient à y répondre. En réalité l’esprit moderne conduit à penser que tout se vaut, que tout est relatif, que tout se discute. Faux ! Il y a une nature des choses et une essence des idées fondamentales qui empêchent justement de considérer qu’elles circulent d’un bout à l’autre du spectre politique.

Selon moi, la Révolution de 1789 a fracturé le paysage politique en trois grandes tendances. La première regroupe les personnes qui voient dans le mouvement révolutionnaire le véritable poumon de la Modernité et de l’Histoire. Il s’agit des Modernes qui ne reculent devant rien pour vilipender les mœurs classiques et les traditions, que ce soit dans le domaine politique, économique et social. A leurs yeux, tout se justifie au nom du Progrès, de la Science, de la Technique et de l’Evolution. La deuxième catégorie est la plus grande. Ses « membres » acceptent les évolutions introduites par la Révolution, tout en voulant, dans un équilibre improbable, concilier Tradition et Modernité. Ils sont les Conciliateurs. Ce grand ensemble nous fait incontestablement penser au Marais au sein de la Convention Nationale. Cette mouvance se subdivise en réalité en deux formations : avec d’un côté une aile progressiste (la gauche), et de l’autre une aile prétendue conservatrice (la droite). Les deux constituent le bipartisme de notre monde politique. Il faut préciser que l’aile conservatrice se subdivise en une « droite de gouvernement » et une « droite d’opposition ». A l’aile gauche, nous retrouvons le phénomène similaire, à la différence notable que la « gauche d’opposition » participe parfois aux gouvernements.

Si les Modernes imposent leurs thèmes de prédilection au champ politique, autant les Conciliateurs occupent majoritairement, depuis toujours, les postes gouvernementaux. Ainsi, depuis un peu plus de deux cents ans, notre système politique alterne constamment entre une « gauche » et une « droite » qui valident l’essentiel des acquis de la Révolution. En effet, les Conciliateurs approuvent, nonobstant quelques différences de degrés en fonction de leur positionnement affiché de gauche ou de droite, les modernités philosophiques et politiques portées par la tornade révolutionnaire. De fait, les Conciliateurs sont également des Modernes. En conséquence cette aile droite, qui en réalité ne l’est pas, reste de manière consciente ou inconsciente à la remorque, d’un point de vue philosophique et idéologique, du courant moderniste et de ses idées. Ainsi, lorsque l’aile droite des conciliateurs arrive au pouvoir, cette prétendue droite met en place une politique de gauche.

Enfin, la troisième et dernière tendance reste, malheureusement à ce jour, la plus petite. Elle ne participe jamais au pouvoir et sa présence dans les médias relève de l’anecdotique. Elle reste à ce jour constamment en périphérie du système politique et médiatique. Elle coagule les individus refusant et combattant les principes de 1789. Ils sont les Traditionnels. Ils se définissent fondamentalement comme des héritiers et savent pertinemment qu’ils constituent les maillons d’une vaste chaîne, dont le rôle principal consiste à transmettre les trésors reçus. Ils sont considérés par leurs adversaires comme les tenants d’un système non pas ancien, mais obscur et enterré dans les décombres fumants de l’histoire. Bien souvent, ces gens sont marginalisés politiquement, et socialement pour certains d’entre eux. Cette saine césure idéologique les dissocie, et le contraire eut été étonnant, des Modernes et également des Conciliateurs, qu’ils soient progressistes ou conservateurs. Il arrive de temps à autre que les Conciliateurs conservateurs leur tendent la main à des fins purement électorales, mais le cordon sanitaire imposé par qui on sait, demeure encore une réalité, nonobstant la volonté de certains de le rompre…

Il convient de rappeler, malgré tout ce dont les adversaires les accablent, que les Traditionnels développent un message résolument avant-gardiste. Effectivement ils restent les défenseurs d’un monde organique, hiérarchisé, décentralisé et respectueux de l’ordre naturel. Dans notre époque décadente et résolument centrée sur l’homme, ils demeurent fidèles, à temps et à contre temps, à leur idéal. Porteurs d’un flambeau incandescent, ils défendent l’héritage des Anciens et refusent les idées modernes telles que : le suffrage universel, l’égalitarisme, la souveraineté nationale s’incarnant dans la masse, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, le parlementarisme, etc. De fait, tout ce que les gens dits de droite valident, acceptent et revendiquent depuis la Révolution.

À l’automne 2016, les électeurs de droite étaient sur les starting-blocks : ils allaient prendre leur revanche sur François Hollande. Depuis la présidentielle et les législatives de 2017, ils ont le moral dans les chaussettes. Que s’est-il passé ?

J’ai déjà répondu à cette question en expliquant que les électeurs de droite, comprendre les Conciliateurs conservateurs, avaient fait preuve d’une énorme naïveté qui confine en réalité et malheureusement au ridicule, en pensant qu’ils pouvaient gagner face à Macron. Ce dernier était appuyé par l’écrasante majorité des médias, son mouvement « En Marche », et une quantité non négligeable de membres du Parti Socialiste. Dans ces conditions, comment était-il sérieusement possible de croire, une seule seconde, aux chances de Le Pen et de Fillon ? Il fallait être naïf et se bercer d’illusions…

Pour différentes raisons, tout le monde ou presque sait que Le Pen ne disposait d’aucune marge de manoeuvre pour l’emporter au second tour, que ce soit contre Macron, Fillon ou même une chèvre. Face à Macron, elle aurait pu approcher des 40%, si sa prestation lors du débat entre les deux tours eut été convenable. Cela aurait été présenté comme une victoire par ses partisans, qui auraient péroré pendant des heures : « nous avons dépassé le plafond de verre ». Marine Le Pen, au lendemain de l’élection présidentielle, avait déclaré : « Je vous annonce la disparition, même s‘il n‘a jamais existé mais il existait dans vos têtes, du plafond de verre  ». L’idée que la présidente et les militants du Front National, ne semblent pas comprendre et qui leur échappent, est la suivante : dans une élection qui se joue au deuxième tour en un contre un, le plafond de verre se situe à 50,01%. C’est la réalité de ce mode de scrutin. Le reste c’est de la discussion de bistrot pour se faire plaisir et à plus forte raison pour se rassurer.

Le moral dans les chaussettes des gens de droite ou dits de droite s’explique par trois principaux facteurs : Macron a gagné et ils ont perdu, le pays se porte très mal depuis des années et la majorité les indicateurs montre que les choses ne risquent pas de s’améliorer à court ou moyen terme, la fausse droite semble actuellement éprouver les plus grandes difficultés à s’organiser derrière un chef, et les divisions de façade entre LR et le FN n’arrangent rien. Enfin la vraie droite, minoritaire, ne parvient pas à émerger par son incapacité propre à se ranger en ordre de bataille, sans oublier qu’elle subit les attaques constantes des Modernes, des Conciliateurs de gauche, et elle est marginalisée voire caricaturée par une bonne partie des Conciliateurs de droite. Ses rapports avec la droite d’opposition sont ambigües, complexes et teintés de méfiance réciproque.

N’est-il pas paradoxal que, concomitamment, les idées de droite se réaffirment et se raffermissent dans l’opinion publique et que les candidats de droite aient mené une campagne si peu satisfaisante ?

Les idées de droite ne s’affirment ni se réaffirment dans l’opinion publique et dans les médias. Devant les nombreux scandales et injustices provoqués par l’arrivée en masse de clandestins, il n’y a quasiment aucune réaction du peuple de France. Par ailleurs, ce peuple de France existe-t-il encore en 2018 ? C’est encore une autre question. Concrètement, il y a dans notre pays un grand nombre d’étrangers en situation irrégulière, qui n’ont jamais contribué de près ou de loin à l’effort national. Ils sont logés gratuitement dans des châteaux, des hôtels, des habitations diverses, pendant que des nationaux sont laissés de côté. Certains clandestins se livrent à des vols et des viols. Hormis des réactions salutaires isolées mais bien souvent inorganisées, la majorité des Français ne réagit pas, préférant défendre le peu de confort personnel qui leur reste. Dans notre pays, il y a surtout un grand mouvement d’indifférence et d’égoïsme plus qu’un retour des idées à droite. Cela me rappelle une histoire qui résume assez bien la situation. Deux amis discutent. Le premier dit : « Quel est le pire, l’ignorance ou l’indifférence ? ». Le second répond : « Je ne sais pas et je m’en fiche  ». Notre société est éclatée. Le sentiment d’appartenance « national » ne se manifeste plus que dans le sport, un divertissement ou même un enterrement… La léthargie qui frappe nos compatriotes se montre en réalité assez effrayante, mais elle existe bel et bien. C’est un fait aisément vérifiable.

Concernant les différents candidats dits de droite, il n’est guère étonnant que leurs campagnes furent mauvaises. Ils prétendent parler au nom du peuple, mais ils ne sont pas issus du peuple de France. N’étant pas du peuple, ils ne peuvent donc pas nous comprendre. Combien de gens dits de droite sont réellement issus du peuple ? Comme souvent, poser la question revient à y répondre.

Notre époque nous offre les responsables politiques que nous méritons. Prenons le cas du Front National : bientôt cinquante ans de vie politique, sept défaites à l’élection présidentielle en sept participations. Certains espèrent encore dans ce parti. Dans ce cas là, le dialogue et le bon sens ne suffisent plus pour faire comprendre aux gens leurs erreurs. Il convient d’adopter le même raisonnement avec Les Républicains (anciennement UMP et RPR). Ils ont été aux manettes durant des années et pour quels résultats ? Aujourd’hui encore des gens espèrent dans ce mouvement. N’oublions pas que c’est la « droite de gouvernement » qui a imposé l’avortement, l’immigration de masse et le regroupement familial. Dans ces conditions, il est difficile de faire entendre raison à des gens qui persistent, malgré tout, à nier la stricte réalité historique, indépendante des avis personnels des uns et des autres. Ce que je viens de présenter ne sont que des faits objectifs : la droite gouvernementale n’est jamais parvenue à faire changer les choses quand elle était au pouvoir, et elle ne le fut pas que durant un mandat. La « droite d’opposition » se montre incapable à prendre le pouvoir par les urnes, et ce n’est pas prêt de changer.

Vous ne pouvez rien faire ou presque avec des gens qui se trompent depuis des années et qui ne reconnaissent pas leurs erreurs. Saint Augustin disait : « l’erreur est humaine, persévérer dans l’erreur est diabolique ». Il ne sert presque à rien de gaspiller sa salive pour essayer de convaincre ces gens-là. Vous pouvez les aimer, prier pour eux, mais leur faire entendre raison par un discours argumenté et circonstancié relève, presque, de l’impossible. Mais impossible n’est pas français paraît-il ?

Est-il possible d’identifier les facteurs favorisant ou faisant obstacle à la recomposition de la droite ? Celle-ci ne confine-t-elle pas à un mythe ou un vœu pieux ?

Il y a des facteurs humains et doctrinaux qui mettent un frein à l’émergence de la droite. Retrouver l’esprit de la droite ne constitue pas un mythe ou une vue de l’esprit, bien au contraire, car il s’agit de la voie royale pour restaurer notre pays.

D’un point de vue humain, il est important que toutes les personnes qui se sont trompées depuis des années ou qui ont échoué, mettent de coté leur égo en rejetant l’orgueil qui les empêche d’analyser sainement la situation. Ils doivent également laisser la place à une nouvelle génération. Leurs avis et conseils pourront être utiles au cas par cas, mais il est vital que ces gens n’occupent plus les premières places, que ce soit dans les mouvements politiques ou les médias de notre mouvance. Il est symptomatique, et c’est un exemple parmi tant d’autres, que la seule web télévision de droite soit dirigée par des personnes qui ont échoué politiquement pendant presque 40 ans. Il est également révélateur de voir un des principaux conseillers de Nicolas Sarkozy (dont la présidence fut plus que catastrophique pour notre pays) parader dans « nos milieux » en donnant des conférences, notamment sur la Vendée, lui qui n’a jamais parlé ou presque de royalisme durant les quarante dernières années de sa carrière journalistique et politique. Comme dit l’adage : « ce n’est pas au nouveau converti de porter la bannière  ». Il est parfois difficile d’entendre et d’admettre ses erreurs, mais le principe de réalité doit l’emporter sur tout autre considération. Ils ont essayé avec différentes méthodes et ont échoué. Leur échec ne souffre d’aucune contestation possible, place à de nouvelles personnes qui présenteront de vraies idées avec d’autres méthodes.

D’un point de vue doctrinal, il est temps de renouer avec le fonds philosophique, intellectuel, politique de la droite historique et de rompre avec toutes idées modernes qui ont parasité notre camp. Je défends et promeus le traditionalisme politique français qui repose sur le catholicisme et le monarchisme. L’essence même de la France est catholique et royaliste. Ne pas le comprendre revient à ne pas saisir la nature profonde de notre pays. La France ne pourra pas se relever sous un régime républicain, démocrate et athée. Le simple fait de constater que la droite aujourd’hui se veut républicaine, démocratique et laïque montre bien la victoire totale de la Révolution dans le débat des idées, et l’énorme travail qui nous attend pour reconstruire un mouvement politique digne de ce nom.

Alors, concrètement, « que faire » pour hâter l’union des droites ou plutôt, selon vous, l’unité de la droite ?

Il ne peut y avoir l’union des droites, car il n’existe qu’une vraie droite, la droite légitimiste.

Aujourd’hui et comme je l’ai développé plus haut, nous avons face à nous deux mouvements majoritaires dits de droite : LR (droite de gouvernement) et le FN (droite dite d’opposition). Malgré la bonne volonté des militants de base et de quelques rares bonnes inspirations, ces partis parasitent et ralentissent le combat authentique. L’aile droite des conciliateurs, LR (feue UMP, feu RRP), n’a pas pris les bonnes décisions d’urgence toutes les fois qu’elle gouvernait. Le FN n’est jamais parvenu à être au pouvoir. Nous devons les travailler de l’intérieur et de l’extérieur, dans le but de leur faire abandonner les vieilles lunes auxquelles ils restent viscéralement attachés. Il va de soi que ces deux mouvements ne pourront pas devenir de droite du jour au lendemain. Néanmoins, nous pouvons leur proposer des points non négociables pour construire la relève  :

La France est née lors du baptême de Clovis le 25 décembre 496.

La France a une vocation surnaturelle d’éducatrice et d’évangélisatrice des peuples.

La France est un pays chrétien ayant des racines grecques et latines.

Respect de la vie, du premier moment de la conception jusque la mort naturelle.

Promouvoir la Doctrine Sociale de l’Eglise, notamment le principe de subsidiarité.

La famille est le socle de la société. Sa structure naturelle est composée d’un homme et d’une femme ainsi que de leurs enfants.

La liberté scolaire dans le choix des écoles et la liberté d’éducation des enfants par leurs parents

La promotion des libertés économiques

La souveraineté intégrale de la France

Il est également important que les dégoûtés de la politique soient encore et toujours des acteurs et non des spectateurs. Si les dégoutés quittent l’action politique, il ne restera plus que les dégoûtants. Nous avons tous une part de responsabilité dans le futur redressement de notre pays. Il faut éviter les compromis, les compromissions et abandonner le mythe de l’Union Sacrée. La Manif pour Tous, indépendamment de la meilleure volonté du monde, a échoué dans la mission – retrait de la loi – que s’étaient fixés ses responsables. Au lieu de renouveler cette expérience sur le fond et la forme, qu’ils apprennent tous de cet échec afin d’en tirer des enseignements. Toute défaite est mère d’une victoire future. De même, il convient d’encourager et de promouvoir tous les mouvements et personnalités qui travaillent à l’émergence de la droite authentique.

Enfin, nous devons nous pencher sur les problèmes de doctrine. Les questions les plus graves sont toujours des questions doctrinales. Sans une saine doctrine, nous ne pourrons pas redresser la France. Je sais qu’avec cet entretien je risque d’être incompris voire plus, mais je ne sacrifierai pas la vérité pour occuper un poste important ou pour être bien vu de certains. Je ne dirai pas untel a raison alors qu’il a tord, et inversement. A Rome le rappel des origines était un élément fondateur. Alors souvenons-nous des origines de la France – baptême de Clovis – et poursuivons la mission de Jeanne – faire sacrer le roi à Reims – et le combat de Charette – pour Dieu et le roi – sinon la France disparaîtra…

                                  Entretien initialement publié le 16 janvier 2018

 

 

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Catégories :Politique

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